Assesse – Un poulailler de plus, mais pour nourrir qui ?

Assesse – Un poulailler de plus, mais pour nourrir qui ?

Vous arrivez malheureusement trop tard: l’enquête publique s’est achevée le mardi 17 mars 2026.

Nous laissons néanmoins la lettre-type visible, afin qu’elle puisse inspirer d’autres collectifs qui seraient confrontés au même type de projet.

Des citoyens d’Assesse s’opposent à un projet de poulailler de – seulement – 25.000 poulets, qui viendrait s’implanter rue Jaumain, dans la campagne d’Assesse, à proximité d’un autre poulailler. Le projet comprend en réalité trois poulaillers, six locaux techniques, six silos-tours pour aliments secs, trois citernes destinées aux eaux de nettoyage, trois citernes pour les eaux pluviales, deux citernes à gaz aériennes, un emplacement pour une future habitation, ainsi que le forage d’un puits dans la zone protégée du captage de Crupet.

Un projet loin d’être anodin!

Si vous doutez du bien-fondé de cette opposition à un projet présenté sous des dehors vertueux, nous vous suggérons de lire le récent article paru sur notre site, qui souligne l’inutilité de construire de nouveaux poulaillers de taille industrielle, quand on sait que la Belgique produit aujourd’hui 300 millions de poulets de chair, alors que la demande nationale s’élève à peine à 115 millions d’unités.


Voici la lettre de réclamation qui a été utilisée dans le cadre de l’enquête publique, notamment par le formulaire de signature et d’envoi qui se trouvait au bas du présent article :

A l’attention du Collège communal d’Assesse,
Esplanade des Citoyens, 4
5330  ASSESSE

Concerne : Construction de trois poulaillers pour l’hébergement de 25.740 poulets de chair en qualité différenciée et le forage d’un puits à usage non potabilisable

Références:

  • Assesse : 752.4/01.26
  • DPA : 10023051 Références
  • DATU : 4/PU3/2026/2454248

Ci-dessous et succinctement, les raisons pour lesquelles je m’oppose fermement au projet de construction et d’exploitation de trois poulaillers industriels ainsi que toutes leurs infrastructures annexes, déposé par Madame Lehaire.

Ces motifs ne sont pas exhaustifs mais devraient, je l’espère, vous amener à ne pas octroyer le permis de construire et d’exploiter.

 

Localisation:

  • Quelles alternatives à cette implantation ont été explorées? Le projet ne peut-il pas s’implanter à proximité de l’élevage de poules pondeuses de la famille Lehaire? La seule alternative qui a été envisagée est à Jassogne (p. 21 de l’annexe 1/01). Il serait utile de connaître les raisons qui empêchent une autre localisation du projet.

Environnement:

  • Libre parcours de 2ha574 (1 m²/poulet): La totalité du parcours extérieur ne sera vraisemblablement jamais exploré par l’ensemble des poulets. L’attrait de la nourriture à l’intérieur des bâtiments induira une utilisation sans doute très intense de la surface proche de ceux-ci et très faible de la surface plus éloignée. Il suffit de voir le déplacement des poules pondeuse du poulailler en activité de la famille Lehaire qui ne s’éloignent que rarement du bâtiment (lorsqu’elles ont accès à l’air libre). Le piétinement induira un tassement du sol avec ses effets négatifs : dégradation du sol, ruissellement des eaux polluées par les excréments.
  • Selon le dossier, le ruisseau (amont du ruisseau de Mière) se situe à 40 m de l’exploitation envisagée (annexe 8 p. 31). Cette affirmation est inexacte. Le bâtiment le plus au Nord serait à un petit 20 m de celui-ci et encore moins de l’affluent qui fait la limite entre les parcelles B479a et B472d. La parcelle B479a est entourée sur trois côtés par des ruisseaux. Il s’agit sans doute d’une ancienne zone humide qui a été drainée en creusant des fossés qui font maintenant office de ruisseau. La consultation de WalonMap fait apparaître que la parcelle B472 d est traversée par un « axe de concentration naturel de ruissellement » et que la totalité de la parcelle B479a est une « zone soumise à aléa d’inondation ». Il est difficilement compréhensible que cette caractéristique importante du site ne soit pas prise en considération dans le dossier.
  • En amont du site envisagé pour le poulailler, le ruisseau (amont du ruisseau de Mière) a été réduit à un fossé bétonné récoltant les eaux du zoning de la Fagne qui passe ensuite dans une buse souterraine. Toutes ces transformations altèrent la capacité des zones humides à recharger les nappes, prévenir les inondations et maintenir une eau de qualité. A la sortie de la buse sous la rue Jaumain, le ruisseau retrouve enfin des conditions un peu plus naturelles. L’imperméabilisation totale d’un tiers d’hectare (détail du calcul: 3 x (834+9,15) + 520 (bâtiments annexes)+ 127 (maison) = 3177 m²), le rehaussement du terrain avec 700 m3 de terres de déblai et l’exploitation des poulaillers ne pourront que conduire à une dégradation supplémentaire du ruisseau et de la zone humide drainée. A-t-on tiré les enseignements des inondations de 2021?
  • Selon le PGDA (Engrais de ferme | PROTECT’eau), les tas de fiente ne peuvent pas être disposés sur un axe de concentration naturel de ruissellement ou en zone soumise à aléa d’inondation. Compte tenu de l’espace occupé par les bâtiments, du parcours libre, de la présence d’un axe naturel de ruissellement et d’une importante zone soumise à aléa d’inondation, on voit mal où se pourrait se trouver la « capacité de stockage aux normes légales pour les effluents en respect au PGDA VI (6 mois) » (annexe 1/01 p. 32. A noter qu’il s’agit sans doute du PGDA IV et non VI). Cet aspect important ne semble pas être traité dans le dossier.
  • Les recommandations de la cellule GISER (avis défavorable du 14/05/2025. Recommandation de citernes de récolte des eaux pluviales de 40 m3/bâtiment) n’ont pas été suivies puisqu’une citerne de 10 m3/bâtiment est prévue (p. 18 annexe 1/01).
  • Même si les distances par rapport aux habitations recommandées sont respectées, les nuisances olfactives (émanation des poulaillers et stockage des fumiers en bord de champ jusqu’à maximum 6 mois) seront certaines pour les voisins et les promeneurs. Considérer que « le stockage se fera à l’écart du voisinage » (p. 32 annexe 1/01) est trop léger. Les nuisances pour les trois habitations les plus proches (Milieu du Monde) et celles du Hameau ne semblent pas avoir été évaluées.
  • Les deux familles résidentes les plus proches du site (l’une d’elles à 200 m) s’efforcent depuis des années d’améliorer sa qualité biologique et paysagère (plantation de haies et d’un alignement d’arbres, conservation de pelouses calcaires, et vielles haies). Ce projet va totalement à l’encontre de ces efforts remarquables qui contribuent à tous (qualité du paysage, amélioration de la qualité de l’eau, effet favorable sur la biodiversité, etc.). Le projet altère plus que significativement l’environnement direct de l’habitation située à 200 m qui surplombe le site.
  • La route entre Florée et la RN4 (rue Jaumain) offre encore un paysage rural de qualité (haies, petites parcelles agricoles). La nouvelle exploitation va fortement altérer la qualité paysagère du site malgré les plantations prévues. Elle va poursuivre le mitage de l’espace rural par des implantations au milieu des terres agricoles. La conception d’aspect typiquement industriel de l’exploitation (juxtaposition de trois longs bâtiments à laquelle pourrait s’ajouter une habitation en bordure de route) serait en rupture totale avec le paysage dont on a une vue dominante en venant de Florée.
  • Le Sud namurois se trouve en « zone vulnérable » (zone vulnérable.pdf) afin de préserver la qualité des eaux souterraines compte tenu du lien entre contamination des eaux par l’azote et pratiques agricoles. La production d’eau est une des richesses du Condroz. Un organisme financé par des fonds public (Protect’Eau) a été créé par inciter les agriculteurs à mettre en place des mesures pour protéger la qualité de l’eau. Or, l’exploitation va produire une quantité significative d’effluents d’élevage supplémentaire qui va être épandue sans doute pour une bonne part dans la région alors que les élevages semi-industriels se multiplient, y compris sur la commune d’Assesse. Ce projet va à l’encontre de la bonne utilisation des deniers publics et de la protection d’une ressource rare et chère.

Bien être animal:

  • La densité maximale de 13 poulets/m2 est considérée comme faible par rapport aux densités standards. Et pourtant, il est difficile d’imaginer que les poulets auront « la place de se mouvoir correctement ». Un rapide calcul permet d’estimer la « surface libre » (c’est-à-dire la surface qui n’est pas occupée par un congénère) dont pourrait disposer chaque poulet à 357 cm2, soit un carré de 19×19 cm (détail du calcul : si on estime la « surface occupée » par un poulet adulte à 375 cm2 (15 x 25 cm), 27 poulets adultes (10.000/375) auront à leur disposition 1 m2. Si on déduit de ce m2 la surface occupée par les 13 poulets, on arrive à une « surface libre » de 4.875 m2/(27-13) poulets = 348 cm2/poulet, soit l’équivalent de 19 cm x19 cm). De plus, les poulets pourront restés enfermés jusqu’à la moitié de leur présence sur le site (Annexe 1 p. 128) et ce n’est sans doute pas le libre parcours qui y changera grand-chose. Heureusement, les perchoirs pourraient leur permettre d’explorer l’espace en hauteur.

Aspects sanitaires et économiques:

  • On connaît la fragilité de ce type d’exploitation sensibles aux maladies, aux épisodes de grippe aviaire, etc. Outre les nuisances environnementales, le projet présente un risque économique important. Les crises dans les élevages intensifs sont fréquentes. Elles mettent régulièrement à mal les exploitations et leur production (abattages massifs imposés par l’autorité sanitaire, intervention financière de l’Etat). La poursuite d’un seul but (production intensive de viande) est à l’opposé un projet d’agriculture durable, résiliente et porteuse de bénéfices pour les agriculteurs et la société. On en connaît plusieurs très beaux exemples à Assesse.

Réflexion générale sur l’agriculture:

  • L’affirmation selon laquelle « L’activité projetée est totalement compatible avec le voisinage, puisqu’il s’agit d’une activité typiquement agricole localisée en zone agricole » laisse perplexe. Même si le plan de secteur autorise ce type d’exploitation, on voudrait rappeler que l’agriculture consiste étymologiquement à « cultiver la terre ». On en est ici bien loin puisqu’une production importante se fait ici presque sans terre (d’autant plus qu’on peut douter de l’utilisation du parcours libre par les poulets).

La Commune doit faire un choix. On aimerait qu’elle s’engage vers un développement plus durable qui offre plus de résilience, ouvre de nouvelles perspectives économiques (commerces de produits locaux, tourisme) et considère tous les bénéfices et nuisances qu’un tel projet est susceptible d’apporter à ses agriculteurs, ses citoyens et à la société en général. Il est important de soutenir le développement de l’agriculture mais faisons-le par des voies durables en accord avec l’esprit insufflé par le parc naturel Cœur de Condroz.

 

Remarques personnelles

 

 

 

 

En conclusion: je m’oppose à la réalisation de ce projet tel que décrit dans les documents de l’enquête publique et demande à tout le moins qu’une étude d’incidence sérieuse soit réalisée sur base des éléments soulevés dans cet argumentaire.

 

NOM : ……………………………………………………

PRENOM : ………………………………………………

ADRESSE : ……………………………………………………………………………………………

CODE POSTAL : ………… COMMUNE : ……………………………………………..……………

ADRESSE EMAIL : …………………………………………………………………………………..

DATE : Le …… mars 2026

SIGNATURE :