Gerpinnes – La Société wallonne du Logement fait tronçonner des arbres séculaires sans permis!

Gerpinnes – La Société wallonne du Logement fait tronçonner des arbres séculaires sans permis!

Vendredi 6 février restera marqué d’une pierre noire pour les riverain.e.s de l’allée du Beau Chéniat, à Loverval. Leur réveil a été troublé par le bruit des tronçonneuses : des bûcherons avaient commencé à abattre une série d’arbres imposants sur un terrain privé, propriété de… la Société Wallonne du Logement!

Un quartier se mobilise contre l’abattage

L’objectif était d’abattre une cinquantaine d’arbres – dont des chênes vieux de 150 ans! – et de faire ainsi place nette sur ce terrain. Rapidement le bouche à oreille a fonctionné parmi les riverain·e·s, dont un de ceux-ci, Georgios Maillis, est le bouwmeester de la Ville de Charleroi… qui ne doit pas être le « client » le plus facile pour accepter un abattage sans permis, vu qu’un bouwmeester est un maître architecte indépendant œuvrant, avec son équipe, à la qualité architecturale et urbanistique du développement urbain.

Après un contact avec les bûcherons, les riverain·e·s  ont contacté le bourgmestre de Gerpinnes qui est venu sur place et a fait arrêter le massacre, n’appréciant visiblement pas de n’avoir pas été prévenu par la SWL. Une dizaine d’arbres a été tronçonnée mais le reste est provisoirement sauvé. Pour combien de temps ? Sans doute le temps que la SWL se décide à respecter les procédures… ou que les riverain.e.s fassent capoter cet abattage scandaleux.

L’argument avancé pour la coupe est un grand classique: la dangerosité que ces arbres pouvaient représenter, en cas de chute éventuelle. Ce qui étonne fortement les voisins qui ont certifié que les derniers grands vents n’avaient pas touché ces arbres. Et l’argument avancé pour faire passer la pilule de l’abattage est un autre grand classique: les 53 arbres abattus devraient être remplacés par 106 espèces évidemment plus jeunes. Comme si remplacer un chêne de 150 ans par deux arbustes avait la même valeur écologique et visuelle!

Abattage d’arbres non annoncé: que faire?

Cette histoire d’arbres coupés peut paraître anecdotique au milieu de tous les problèmes qui se posent. Mais si nous avons choisi d’en parler, c’est parce qu’elle illustre (au moins) trois points importants et qu’elle permet de préciser les réactions que nous pouvons avoir face à tels abattages.

Le premier point est que les arbres, leur présence et leur abattage sont encore souvent traités comme des « détails » qui peuvent être réglés sur un coup de téléphone et sans autorisation.  « Ça gêne notre projet sur le site, donc on enlève et plus vite ce sera fait, mieux ce sera ». Ce réflexe reste celui de pas mal de propriétaires, de promoteurs, de sociétés publiques (comme la Société wallonne du Logement dans ce cas) voire même d’administrations. En particulier, les grands arbres sont encore trop souvent considérés comme des éléments de décoration dont l’abattage est considéré, à tort, comme pouvant être « compensé » sans problème par de jeunes plantations.

Or la gestion des arbres, et tout particulièrement leur abattage, est fortement encadrée par le Code forestier et par toute une série de règlementations (notamment le Code du Développement territorial – CoDT) qui doivent être respectées. Ne vous laissez pas impressionner par des annonces à l’emporte-pièce du style « Ils sont malades, il faut les abattre ». N’hésitez pas à réclamer une copie des permis d’urbanisme aux personnes chargées des abattages lorsqu’il s’agit d’arbres remarquables. Tout doit être validé scientifiquement et selon les législations. Et même si l’arbre n’est pas reconnu comme « remarquable », l’abattage d’un arbre de plus de 1,50m de circonférence prise à 1,50m du sol, et visible sur toute sa hauteur d’un point de l’espace public, sans l’affichage d’un permis d’urbanisme, doit attirer votre attention et susciter une réaction rapide de votre part.

Le deuxième point est que, si vous constatez un abattage qui vous semble louche, prévenez immédiatement le Service des Plantations de votre commune (ou le service qui en tient lieu pour les plus petites communes) et insistez pour qu’un fonctionnaire vienne immédiatement constater les faits et arrêter l’opération sur le champ en cas d’absence des autorisations nécessaires.

Faire partie d’un collectif local d’habitant·e·s est un gros atout face à un tel problème. Préventivement d’abord, si le collectif peut, via ses membres, « tenir à l’œil » la parcelle boisée qu’il sait menacée: dans l’urgence ensuite parce qu’une présence de plusieurs personnes devant ou sur le chantier d’abattage peut en provoquer l’arrêt, le temps que les fonctionnaires se manifestent.

Et, troisième point : si manifestement l’abattage s’est fait sans autorisation, prévenez au plus vite la presse: rien de tel qu’une menace de mauvaise réputation pour calmer les ardeurs de promoteurs irrespectueux des règlementations.

Ces mesures d’urgence ne suffiront évidemment pas à sauver les arbres qui sont pourtant indispensables à la biodiversité, au climat et à de nombreux autres aspects de notre vie. Pour cela, il faudrait une refonte de la législation et des priorités… et un mouvement de fond pour l’imposer. Mais bloquer des abattages menés en dehors des règlementations est un point de départ à ne pas négliger.