Hautrage – Habitants et autorités communales contre le projet d’usine de biométhanisation
Depuis plusieurs années, le projet d’implantation d’une usine de biométhanisation à Hautrage (dans la commune de Saint-Ghislain, à une dizaine de kilomètres de Mons) suscite une vive opposition de la part des habitants et des élus locaux. Cette contestation n’est pas née d’un rejet systématique des énergies renouvelables ou de la transition écologique, mais plutôt d’une inquiétude profonde quant aux impacts potentiels de cette installation sur la qualité de vie, la santé publique, et l’environnement local.
Un projet controversé malgré ses prétendues vertus environnementales
La biométhanisation consiste à transformer les déchets organiques en biogaz, une énergie renouvelable, et en digestat, un fertilisant naturel. Présentée comme une solution écologique valorisant les déchets agricoles et domestiques, cette technologie fait aujourd’hui figure d’alternative crédible aux énergies fossiles. Cependant, derrière cette image positive se cachent des réalités environnementales et sanitaires qui soulèvent de nombreuses questions à Hautrage.
En effet, le site envisagé pour l’usine se situe à proximité des habitations, des exploitations agricoles et d’espaces naturels sensibles. Les riverains craignent l’émission d’odeurs nauséabondes, une pollution atmosphérique accrue due aux gaz résiduels ainsi que le risque de contamination des nappes phréatiques par les effluents issus du procédé. Ces préoccupations sont renforcées par le manque de transparence initiale dans la communication autour du projet, alimentant un sentiment de défiance vis-à-vis des porteurs du projet.
Un impact avéré sur la qualité de vie et la santé des habitants
Les habitants de Hautrage ne rejettent pas a priori la transition énergétique mais ils revendiquent leur droit fondamental à vivre dans un environnement sain. Des études menées dans d’autres communes équipées d’usines similaires montrent que les nuisances olfactives sont souvent importantes, perturbant le quotidien des habitants et affectant leur confort et leur bien-être psychologique.
Par ailleurs, le risque sanitaire, même s’il reste difficile à quantifier précisément, ne peut être écarté. Les émissions de composés organiques volatils (COV) et d’ammoniac peuvent contribuer à la formation de polluants secondaires responsables d’irritations respiratoires. Pour une population déjà confrontée à diverses sources de pollution, ajouter une source supplémentaire devient inacceptable. Cela pose une question éthique forte : jusqu’où est-on prêt à sacrifier la santé collective au nom du développement technologique ?
Une opposition justifiée par la préservation du patrimoine communal
Au-delà des enjeux environnementaux et sanitaires, le projet menace également le patrimoine communal et le tissu socio-économique local. Hautrage est une commune rurale où l’agriculture continue de jouer un rôle central aux côtés d’activités industrielles (notamment liées aux carrières d’argile) et autres carrières de sable et de chaux.
Certains agriculteurs expriment leur crainte quant au devenir de leurs terres, redoutant une pollution progressive des sols qui pourrait compromettre la production agricole locale. Or, l’agriculture durable constitue une ressource fondamentale pour la commune, tant sur le plan économique que culturel. La communauté locale souhaite préserver cette vocation et refuse qu’elle soit mise en péril par un développement industriel mal encadré.
Une mobilisation citoyenne exemplaire et légitime
Une première version du projet avait été présentée en 2023 par l’entreprise Cryo Advise. Le projet avait connu à l’époque une forte mobilisation citoyenne avec un groupe Facebook riche de plus de 1.500 membres et une pétition qui avait récolté plus de 3.000 signatures.
Les autorités politiques avaient emboîté le pas – majorité et opposition réunies, ce qui est assez rare que pour être souligné – en adoptant une motion contre le projet. Et le permis avait finalement été refusé par la Région wallonne. Les responsables du projet avaient ensuite introduit un recours avant de se désister.
Le projet n’a cependant pas été abandonné et a été repris en main par la société SRL Biogas Hautrage. Des remarques formulées en 2023 ont été prises en compte, notamment l’abandon du stockage de biogaz et son remplacement par l’injection directe de biométhane dans le réseau de gaz. Dans le souci de convaincre riverains et autorités communales, Biogas Hautrage a organisé plusieurs réunions d’information et même une visite d’une usine similaire à Tønder (Danemark) qui n’a cependant pas convaincu, loin de là, les 3 membres de l’ASBL De Nous, vivement opposée au projet, qui ont fait partie du voyage.
L’enquête publique sur ce nouveau projet s’est clôturée le 18 février dernier et a récolté pas moins de 1.432 lettres de contestation, ce qui constitue un record pour la commune.
Le Collège communal de Saint-Ghislain a donc remis au début du mois de mars un avis défavorable, en exposant ses arguments : « Le projet prévoit de traiter 900.000 tonnes de matières par an, dans ce qui serait une des plus grandes usines de biométhanisation d’Europe (avec Tønder au Danemark), en termes de biomasse traitée. L’emploi local serait très faible : malgré l’occupation massive de terres (7 ha), le taux d’employabilité à l’hectare est jugé ridicule pour une activité presque totalement automatisée. Sans compter les risques avérés : une délégation du conseil communal, ainsi que des citoyens, s’est rendue à Tønder, au Danemark, pour visiter une installation similaire ; les dysfonctionnements observés ont confirmé les craintes concernant la sécurité et la santé publique. Outre la dégradation de la qualité de l’air et du sol, il faut prendre en considération non seulement les nuisances olfactives, mais aussi et surtout l’impact réel du flux de camions, estimé à un camion toutes les 5 minutes, 7 jours sur 7. Un tel projet est disproportionné pour un village comme Hautrage. Nous refusons de dégrader la qualité de vie des citoyens pour valoriser un projet, certes est louable, mais pas au détriment du quotidien des citoyens, à 300 mètres d’habitations ».
Et le collège PS de conclure : « Nous attendons de la Région wallonne et des ministres compétents de suivre l’avis de la Ville de Saint-Ghislain et de ses citoyens en s’opposant au projet et de prendre une décision cohérente, en accord avec les réalités du terrain local ».
La balle est désormais dans le camp de la Région wallonne. Interrogé à ce sujet, le ministre Desquesnes – tout en rappelant son devoir de réserve en tant qu’autorité de tutelle et de recours potentiel – a précisé que « la décision d’octroyer ou non le permis des fonctionnaires technique et délégué, compétents en première instance, doit a priori être notifiée dans un délai calculé en l’état au 19 mai prochain, prorogeable éventuellement de 30 jours ».
Le 16 mars dernier, la commune voisine de Bernissart a également fait connaître son opposition au projet, dénonçant des pollutions diverses (air, eau, sol, nappes phréatiques), des problèmes de sécurité avec d’autres installations SEVESO proches ainsi qu’un très faible impact en termes d’emploi.
Des alternatives à explorer pour concilier progrès et respect du territoire
Le débat autour du projet de l’usine de biométhanisation à Hautrage ouvre une réflexion plus large sur la manière de promouvoir les énergies renouvelables tout en préservant le cadre de vie. D’autres modèles existent, privilégiant des installations à plus petite échelle, mieux intégrées dans leur environnement, ou encore des technologies complémentaires moins impactantes.
Par exemple, la méthanisation décentralisée, à l’échelle des exploitations agricoles elles-mêmes, permettrait de valoriser les matières organiques sans générer de nuisances massives. De même, un dialogue constructif entre autorités locales, porteurs de projets et citoyens peut aboutir à des solutions sur mesure, adaptées aux spécificités du territoire.
Vers une gouvernance plus inclusive et respectueuse des territoires
L’opposition citoyenne et communale au projet d’usine de biométhanisation à Hautrage est bien plus qu’une simple résistance au changement. Elle incarne la volonté d’une communauté de vivre en harmonie avec son environnement, en veillant à la santé publique et au patrimoine local. Ce combat souligne l’importance d’une démarche participative où les habitants sont pleinement acteurs des choix qui les concernent.
Pour réussir la transition énergétique, il est indispensable de concilier innovation technologique et respect des territoires. Le cas de Hautrage rappelle que le développement durable doit être pensé dans sa globalité, intégrant les dimensions écologiques, sociales et économiques. L’écoute attentive des citoyens et la transparence des projets constituent des conditions sine qua non pour bâtir une société plus juste et responsable.
En somme, l’opposition à l’usine de biométhanisation à Hautrage témoigne d’un engagement citoyen fort, motivé par des préoccupations légitimes et porteur d’espoir pour construire un avenir où le progrès ne se fait pas au détriment des communautés locales. C’est dans cette dynamique que réside la puissance réelle de la démocratie environnementale.
Dans l’attente de la décision des fonctionnaires délégués de la région wallonne, l’ASBL De Nous poursuit son travail de mobilisation citoyenne contre ce projet inadapté et nuisible. Vous pouvez les aider en signant leur pétition en ligne qui a déjà récolté plus de 600 signatures au moment d’écrire ces lignes. Et pour suivre l’actualité du dossier, n’hésitez pas à visiter leur groupe Facebook.

