Après les élections – Ce qui reste, ce qui change et ce qui doit nous faire réfléchir

Après les élections – Ce qui reste, ce qui change et ce qui doit nous faire réfléchir

La fièvre électorale est peu à peu retombée (sauf dans les endroits où les partis s’écharpent joyeusement pour mettre en place des coalitions parfois imprévues) et le moment est venu de voir en quoi les résultats des deux vagues d’élections – régionales en juin, communales et provinciales en octobre – modifient la donne pour nous.

Un rapide tour d’horizon au niveau wallon

Après les élections communales, le constat est assez simple : les tendances des élections régionales se maintiennent et parfois même s’amplifient… même s’il y a une grande diversité de situations communales qui compliquent les choses !
• le MR confirme et renforce sa première place en nombre de votes, même s’il se prend ensuite quelques impressionnantes défaites dans la constitution des majorités communales, notamment dans le Brabant wallon ;
• les Engagés sont ceux qui progressent le plus et devancent désormais de peu le PS en nombre de votes au niveau wallon ;
• “la vague bleue s’est brisée sur le mur rouge” a affirmé Paul Magnette le soir des élections. Il aurait dû ajouter “dans les grandes villes qui sont ses bastions” où le PS se maintient alors que sa baisse de juin se confirme un peu partout ailleurs ;
• Ecolo se ramasse complètement (sauf quelques cas locaux) et perd tous ses bourgmestres (sauf peut-être un) ;
• le PTB stagne sauf quelques belles percées locales ouvrant peut-être la porte à de premières entrées dans des majorités communales (en Région bruxelloise et dans la région liégeoise).

Ce qui pourrait changer (ou pas) après les élections communales

Pour le réseau Occupons le Terrain : sans doute pas grand chose, l’essentiel s’étant joué en juin.

Vu le nombre plus important de communes où MR et Engagés pourront davantage peser sur les décisions en matière d’aménagement du territoire, on peut juste dire que le nombre de communes prêtes à avancer vers le Stop Béton – tout particulièrement en demandant à la Région des modifications au Plan de Secteur – ne va pas faire un bond en avant après ces élections !

Et comme, à l’autre bout de la chaîne, le gouvernement wallon est formé de ces deux mêmes partis – qui sont les plus ardents défenseurs des propriétaires de terrains et les plus hostiles à la modification du Plan de Secteur – on peut imaginer que les décisions de protection des espaces menacés ne vont pas encombrer le bureau du ministre Desquesnes.

Reste aussi qu’avec le recul général d’Ecolo et la petite forme du reste de la gauche, ce sont également un certain nombre de relais de nos questions et de nos revendications qui ont disparu des parlements et des conseils communaux.

Pour les collectifs adhérant à notre réseau : une analyse complète et détaillée des résultats dans les communes où agissent ces collectifs reste encore à faire. Un premier survol fait penser que, pour la plupart d’entre eux, la situation ne devrait pas changer fondamentalement. Ce sera donc une tâche importante pour tous les collectifs d’examiner comment les éventuels changements dans les équilibres politiques locaux pourront être utilisés pour faire avancer leurs revendications et leurs combats.

Une réflexion de fond s’impose pour l’avenir

Les élections de juin et d’octobre doivent aussi nous amener à une réflexion plus générale – qui n’a pas commencé cette année et qui ne sera certainement pas résolue en quelques mois.

Beaucoup de sondages réalisés tant en Wallonie qu’ailleurs en Europe donnent des résultats convergents : les préoccupations pour l’environnement et le climat qui avaient fortement progressé depuis le milieu des années 2010 sont toujours présentes dans la conscience des gens mais elles ont reculé dans l’ordre de leurs priorités, dépassées par des problèmes plus « concrets » liés au coût de la vie, au pouvoir d’achat et à la sécurité.

De manière un peu étonnante au vu de ces sondages et des reculs des partis écologistes, nous sentons bien dans les activités quotidiennes des collectifs (à travers les réponses aux enquêtes publiques, les pétitions,…) que la défense des espaces verts et des terres agricoles et la nécessité d’arrêter la course folle du béton sont des idées de plus en plus populaires.

Mais si les réactions locales de refus de projets inadaptés s’affirment et se multiplient, le passage à une vision plus globale rencontre de gros problèmes. D’une part, les mobilisations larges (en particulier celles sur le climat) ont fortement reflué ces quatre dernières années et l’organisation d’actions plus radicales (Code Rouge et autres) peine à se construire et à se développer. Et d’autre part, sur le plan politique, les partis écologistes passent un sale quart d’heure un peu partout.

Nous sommes donc confrontés – à OLT comme dans de nombreux autres milieux – à un gros problème et à de multiples questions : comment passer de refus locaux et ponctuels (tout à fait justifiés) à un projet positif qui soit global et durable ? Comment construire un mouvement d’idées et de pratiques qui soit à la fois radical (parce que l’ampleur et l’urgence de la crise rend indispensable la radicalité des solutions) et populaire (parce que le changement ne peut se gagner que par la force du nombre) ? Comment construire une alternative à la fois écologique et sociale, qui ne parle pas qu’à des couches intellectuelles assez privilégiées mais, qui valorise quantité de pratiques et de revendications existant dans les milieux populaires ? Comment aller au-delà des appels (souvent culpabilisants) à modifier les comportements individuels (rouler électrique, manger bio, prendre moins souvent l’avion) et pointer les vrais responsables des multiples crises, à savoir les grandes entreprises (souvent multinationales) et le système économique dominant ?

Occupons le Terrain ne va certainement pas trouver tout seul dans son coin les réponses géniales à toutes ces questions. Mais la réussite d’une campagne pour un « Stop béton maintenant ! » et pour « des territoires vivants » implique d’avancer – avec beaucoup d’autres associations et mouvements – dans cette réflexion et cette recherche.

Toutes les questions évoquées dans cet article figureront d’une manière ou d’une autre au menu de notre Assemblée générale du 16 novembre dont nous vous parlons par ailleurs… et certainement à celui de nombreuses autres moments de discussion et d ‘actions collectives par la suite.