Ils disent « COP », nous disons « Stop Béton Maintenant! »
Aussi sûrement que les feuilles mortes d’octobre sont suivies par les pluies de novembre, les rapports des grandes organisations internationales (dont les Nations-Unies elles-mêmes) s’accumulent en octobre dans la perspective des grand-messes des COP, celle consacrée à la Biodiversité (du 21 octobre au 1er novembre) et celle consacrée au Changement climatique (du 11 au 21 novembre).
Que disent ces rapports internationaux et que nous inspirent-ils?
On va cuire et même rôtir!
Le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) enterre de fait l’objectif proclamé depuis bientôt 30 ans qui était de limiter le réchauffement climatique à une augmentation de 1,5° par rapport à l’ère préindustrielle pour la fin du 21e siècle. En 2023, on a atteint 1,3° et l’augmentation est actuellement de 0,25° par décennie. Nous atteindrons donc ce fameux 1,5° entre 2030 et 2035. L’objectif officiel « de repli » fixé à 2° ne se porte pas mieux. Sauf retournement de situation, il sera atteint entre 2050 et 2060. Les scientifiques sérieux – celles et ceux qui ne croient plus au Père Noël ni à la possibilité d’actions spontanées et déterminantes des Etats et des sociétés multinationales – estiment donc que le risque est grand que l’augmentation réelle soit de 3° à la fin du siècle. Avec des conséquences absolument dramatiques pour la planète, le vivant et l’humanité.
Mais pourtant – diront celles et ceux qui croient encore au père Noël et aux actions spontanées et déterminantes des Etats et des sociétés multinationales – les Etats prennent à chaque COP des engagements solennels et parfois même chiffrés (preuve de leur sérieux!) pour réduire leur production de gaz à effet de serre. C’est vrai… mais ils ne les respectent absolument pas. Un seul exemple: pour limiter le réchauffement au fameux 1,5°, il faudrait que les rejets de gaz à effets de serre diminuent de 7,5% par an jusqu’en 2035 ; pour limiter à 2°, il faudrait qu’ils baissent de 4% par an. Or, ces rejets continuent d’augmenter d’année en année. Et la dernière augmentation est même plus importante que celles des dernières années.

16.000 espèces d’arbres menacées d’extinction
Il en va de même pour la Biodiversité. L’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a publié une liste actualisant sa « Liste rouge des espèces menacées ». Nouveauté: les arbres sont pour la première fois inclus dans cette liste. Et le résultat est terrifiant: « Au moins 16.425 des 47.282 espèces évaluées sont menacées d’extinction. Et cette extinction concerne 192 pays dans le monde » (soit quasiment tous).
Cette extinction en cours risque de provoquer des dégâts énormes dans la flore et la faune partout dans le monde, avec des conséquences graves en bout de chaîne sur l’humanité elle-même.
D’où vient le problème? Les arbres sont de plus en plus menacés par le changement climatique, l’élévation du niveau des mers, des tempêtes plus fortes et plus fréquentes,… Mais ils le sont aussi – et sans doute même surtout – par la déforestation au service de l’agriculture intensive et la surexploitation du bois, deux activités largement sous la coupe de sociétés multinationales.
A qui se fier alors?
A ceux qui savent et ne font rien, voire aggravent la situation? Certainement pas. Dans un rapport récent, Oxfam a passé au crible le mode de vie des milliardaires. Résultat: un Européen ultra-riche prend en moyenne 140 vols par an, passe 267 heures dans les airs et produit autant de CO2 qu’un Européen moyen en 112 ans. Au cours de cette même période, un Européen ultra-riche émet en moyenne, sur son yacht, autant de carbone qu’un Européen ordinaire en 585 ans. Pour les investissements, c’est encore pire: les émissions liées aux investissements des 50 milliardaires les plus riches du monde représentent en moyenne 340 fois les émissions conjointes de leurs jets privés et super-yachts. Près de 40 % de leurs investissements concernent des industries hautement polluantes comme l’industrie pétrolière, l’exploitation minière, l’industrie du transport et l’industrie du ciment. Les émissions totales liées aux investissements de 36 des milliardaires les plus riches de l’Union Européenne équivalent aux émissions annuelles de plus de 4,5 millions d’Européens.
Inutile de dire qu’avec leur influence économique et politique, ces joyeux drilles pèsent lourdement en défaveur des mesures de protection du climat. Mais ce n’est encore là que l’écume des choses. Car c’est le système économique dans son ensemble qui pose problème. Sa logique est implacable et personne ne peut y échapper: chaque propriétaire de capitaux est sans cesse obligé d’accumuler un maximum de nouveaux capitaux s’il ne veut pas être mangé par ses concurrents.
Dans des secteurs très précis, les investissements en faveur des technologies « propres » peuvent rapporter – et même beaucoup – aux sociétés qui les produisent et les mettent en œuvre. Mais pour la grande majorité des entreprises, ces investissements sont des coûts qui pèsent sur leurs bénéfices et qu’elles entendent bien réduire au maximum. Quant aux Etats, on voit bien lors de toutes les COP – et en dehors aussi! – que leur principal objectif est d’assurer la compétitivité de leurs entreprises nationales, même quand c’est au prix d’un freinage désastreux des mesures écologiques indispensables pour freiner l’emballement climatique général.
Miser sur la « prise de conscience » de ces décideurs est donc une voie sans issue. Car ils savent et ils ne veulent pas bouger. La vraie question est « Comment les contraindre à changer – et comment les remplacer s’ils ne le veulent pas? ».
Mais quels terrains voulez-vous encore occuper?
On voit bien que, dans ces conditions, miser sur des « gestes individuels » ne conduit pas non plus très loin. Trier ses déchets et éteindre la lumière quand on quitte une pièce est évidemment préférable à se foutre de tout. Mais on peut aligner sur la ligne de départ tous les millions de petits colibris vertueux qu’on pourra trouver, ils n’arriveront jamais à éteindre les incendies et stopper la déforestation qui ravagent l’Amazonie ni à fermer les forages pétroliers.
Dresser un état des lieux plus détaillé, réfléchir (et mettre en œuvre!) des stratégies pour changer de direction et sauver tout ce qui peut l’être dans le monde n’est évidemment pas à la portée de notre petit réseau Occupons le Terrain. Tout au plus pouvons-nous (et même devons-nous) en discuter avec celles et ceux qui partagent ces objectifs et tenter d’avancer ensemble. Mais nous pouvons quand même apporter notre petite contribution directe à ce vaste mouvement sur le terrain que nous avons choisi: celui de l’aménagement du territoire (ou mieux sur le « ménagement » de celui-ci).
Car ce sont les mêmes logiques de rentabilité, de spéculation et de recherche de profits immédiats qui impactent et risquent de tuer à petit feu les territoires que nous habitons – et que nous partageons avec le reste du vivant.
Dès lors, combattre des projets immobiliers, industriels ou commerciaux qui viennent détruire des terres agricoles ou des espaces verts est un geste d’autodéfense parfaitement légitime et justifié. Et au-delà de ces multiples « petits » combats locaux, nous mobiliser tous ensemble pour imposer partout et au plus vite un Stop Béton sur nos territoires – ceux qui sont menacés aujourd’hui et ceux qui le seront demain ou après-demain si nous ne bougeons pas aujourd’hui – et pour réorganiser nos territoires dans une logique de justice sociale et environnementale est tout aussi légitime, justifié, nécessaire et même indispensable.
Ce n’est pas une question de confort personnel, comme certains se plaisent à l’insinuer, c’est juste une question de survie collective.


