Gedinne – Un projet photovoltaïque menace 60 hectares de terres agricoles
Depuis le début du mois de juin, un projet anime toutes les discussions à Louette-Saint-Pierre, dans l’entité de Gedinne. La société Ether Energy prévoit d’installer plus de 47.000 panneaux photovoltaïques sur 60 hectares de terres agricoles ! Ces panneaux produiront environ 42GWh par an, soit l’équivalent de la consommation de 10.000 ménages !
Si la transition vers de l’énergie renouvelable doit incontestablement s’accélérer, ce n’est pas non plus une raison pour faire tout et n’importe quoi. Occupons le Terrain a déjà dénoncé par le passé les aspects négatifs de ce type de projet, notamment :
- L’accaparement de terres agricoles au détriment de la fonction nourricière des terres
- Une baisse significative du rendement des parcelles concernées
- Une pression accrue sur le foncier agricole nuisant à l’accès aux terres pour les jeunes agriculteurs
- Une menace sur la souveraineté alimentaire
- Une vision à court terme, privilégiant l’aspect financier une fois de plus au détriment de la nature
- Une destruction de nos paysages
- Une menace pour la biodiversité
- …
Une vision court-termiste
Le premier constat à exprimer est que l’agrivoltaïsme est une vision à (très) court terme dans le panel des modes de production d’énergie renouvelable. Beaucoup de spécialistes s’accordent en effet à dire que ces projets agrivoltaïques vont peu à peu perdre de leur pertinence au fur et à mesure que des projets d’installation de panneaux sur les toitures ou autres endroits artificialisés vont se développer. La problématique actuelle se résume en fait uniquement à la vitesse de délivrance du (des) permis.
En effet, comme l’illustre le projet de Gedinne, pour atteindre une production de 42GWh par an, une seule demande de permis est nécessaire. Cumuler une telle production par divers projets sur des toitures nécessiterait par contre l’obtention de nombreux permis, ce qui serait une perte de temps… Et de vastes projets sur des zones déjà artificialisées comme des friches industrielles ? On touche là à un autre nœud du problème : l’aspect financier. S’accaparer des terres agricoles coûte évidemment bien moins cher que de réhabiliter des friches industrielles…
La principale « vertu » des projets agrivoltaïques est donc d’aller très vite. Or la Wallonie a des objectifs à atteindre en matière de production d’énergie renouvelable aux horizons 2030 et 2050. Ce qui explique la naissance de tels projets.
Un cadre légal flou
La Wallonie accuse un retard certain sur ses voisins dans l’encadrement légal de l’agrivoltaïsme. La première circulaire Borsus sur le photovoltaïque au sol était fort restrictive. Si elle ne sous-entendait pas un « non » systématique aux projets agrivoltaïques, ces derniers ne pouvaient passer (très difficilement) qu’au prix de très nombreuses dérogations.
Le gouvernement wallon précédent a donc « remédié » à la situation en mettant en application la « circulaire Borsus 2 » qui ouvre la porte à des projets pilotes comme dans le cas de Gedinne. En Europe, on estime que 50% des projets de photovoltaïque au sol vont être installés sur des terres agricoles pour répondre aux objectifs à court-terme évoqués ci-dessus. Une vision à plus long terme aurait permis que ces projets voient le jour sur des zones déjà artificialisées et que nos terres nourricières soient ainsi préservées.
Les engagements politiques en matière de production d’énergie renouvelable et la rentabilité financière à court-terme ouvrent donc une brèche dans laquelle s’engouffrent des sociétés comme Ether Energy. Il ne serait donc pas surprenant de voir se multiplier ce genre de projets en peu partout en Wallonie.
A Gedinne, un greenwashing poussé à l’extrême
Une réunion d’information a rassemblé plus de 100 riverains et agriculteurs de la région au début du mois de juin. Ces derniers ont pu exprimer leurs craintes quant à ce projet inadapté et nuisible en développant de nombreux arguments.
Pour contrecarrer cette opposition, une « communication greenwashing » a été mise en place. La société Ether Energy prévoit en effet de créer des mares et de planter un kilomètre de haies pour « favoriser la biodiversité ». Mais sans toucher un mot sur les dégâts occasionnés à cette biodiversité par l’installation du projet…
Un autre argument développé par Ether Energy, difficilement audible pour les agriculteurs présents, est de maintenir l’accès à la terre. En effet, selon la cheffe de projet de la société, Florence Posschelle, « Il y a également des bénéfices agricoles pour l’exploitant, qui va pouvoir rester pendant 30 ans sur cette pâture. C’est important de le souligner, parce qu’aujourd’hui, il y a un problème d’accès à la terre, et grâce à ce type de projet, on maintient pendant 30 ans un accès gratuit au foncier. ». Nous ne voyons pas réellement en quoi cela profite à l’accès à la terre, la pression financière exercée par ce type de projet sur le foncier agricole réduisant au contraire cet accès notamment pour les jeunes agriculteurs !
Enfin, pour tenter de convaincre un plus large public, on a parlé ce que qui touche le plus en cette période de crise : le portefeuille. En effet, une des pistes pour exploiter cette électricité serait de créer une communauté d’énergie pour les Gedinnois. Jean Frippiat, de l’association Énergie Commune, spécialisée dans l’accompagnement de ce type de projet, explique l’intérêt de cette communauté : « On peut voir justement qu’avec le partage d’énergie, les citoyens peuvent accéder à de l’électricité moins chère et produite localement. C’est surtout avantageux pour certains citoyens qui n’ont pas accès directement à la production renouvelable. Ils n’ont pas la possibilité, par exemple, de mettre des panneaux solaires sur leur toit. Grâce aux communautés d’énergie, ils pourront recevoir de l’électricité renouvelable chez eux, issue de leurs voisins. ». Une fois encore, nous nous interrogeons sur cet argument. Il est en effet utopique de croire que c’est l’électricité produite par les voisins qui va arriver dans votre maison, la réalité du réseau fait que cette énergie puisse être redistribuée à Liège ou à Anvers voire même vendue à l’étranger en cas de surproduction. Le seul risque (minime) est de peut-être devoir importer de l’électricité de l’étranger en cas de sous-production nationale et par conséquent de devoir débourser quelques cents supplémentaires du KWh. Cela vaut-il réellement le massacre de 60 hectares de terres agricoles ?
Une enquête publique en cours
Une enquête publique concernant ce projet est actuellement en cours et se terminera le lundi 7 juillet.
Il est à noter que cette enquête, malgré l’ampleur du projet et ses multiples impacts, ne nécessite pas d’étude d’incidence sur l’environnement !
Un collectif d’opposition au projet s’est constitué. Malgré nos tentatives, nous ne sommes pas encore parvenus à entrer en contact avec lui (nous supposons que, vu les circonstances, ses membres doivent être fort occupés !) afin d’échanger sur les meilleures formes d’action dans la situation actuelle. En effet, comme nous vous l’avons déjà expliqué à de nombreuses reprises, lors de la phase d’enquête publique, il faut privilégier l’envoi d’un maximum de lettres individuelles d’opposition au projet plutôt qu’une pétition. Or le collectif a (pour le moment) uniquement mis en ligne une pétition. Nous vous invitons donc pour le moment à soutenir le collectif en la signant !

