Liège – La mobilité publique doit rester un droit, pas un parcours du combattant

Liège – La mobilité publique doit rester un droit, pas un parcours du combattant

Depuis fin avril, il existe deux sortes de Liégeois (…qui souvent cohabitent chez la même personne !). Il y a ceux qui, arrivant à un arrêt du (tout nouveau) tram, se disent « M…, j’ai raté le tram de peu » puis qui rapidement retrouvent le sourire en disant « Pas grave, le suivant arrive dans 5 minutes ». Et il y a les autres qui, arrivant à un arrêt de bus, demandent aux dix autres personnes qui y poireautent déjà : « Vous savez quand passe le prochain bus ? » et s’entendent répondre en chœur « On ne sait pas, on est là depuis 20 minutes, il y a deux bus qui sont passés mais ils rentraient au dépôt et celui qu’on attend a déjà 10 minutes de retard ». 

Ainsi va la vie dans la Cité Ardente depuis qu’à l’occasion de la mise en service du tram, le TEC a réorganisé l’ensemble de son réseau de bus autour de la nouvelle colonne vertébrale que constitue la ligne de 11 km du tram. Ce qui s’est traduit par une série de changements, parfois positifs (certains quartiers sont aujourd’hui mieux desservis) mais souvent négatifs (abandon de tronçons de desserte à l’occasion de la fusion de lignes, réduction du nombre de passages sur certaines lignes, suppression de bus en début de matinée et fin de soirée,…). Tout cela se traduit aussi par une explosion des retards et des suppressions de passages de bus, liés aux avaries des véhicules, au manque de chauffeurs et de personnel d’entretien, aux manques de moyens financiers de la société,…

Conséquence : des centaines de jeunes arrivent en retard à l’école le matin, des centaines d’adultes ont les pires difficultés pour arriver au boulot (ou doivent reprendre leur voiture !), certains quartiers sont même totalement privés de transport en commun pendant le weekend, …

Le CoMBaLi n’est pas un cocktail exotique mais un collectif actif

Mais comme la Cité n’est pas Ardente pour rien, la contestation s’est vite développée, autour de la création du CoMBaLi (Collectif pour la Mobilité du Bassin Liégeois).

Ecoutons celui-ci raconter comment tout cela s’est passé.

« Le collectif CoMBaLi (Collectif pour la Mobilité du Bassin Liégeois) est né en juillet 2024 à l’initiative du comité de quartier de Cointe, à la suite de l’alerte donnée par une habitante et plusieurs chauffeurs de bus concernant d’importantes modifications envisagées sur deux lignes desservant les quartiers de Cointe et du Laveu (réduction de la fréquence, diminution de l’amplitude horaire, modification des itinéraires).

Après avoir analysé en détail ces changements, le comité a constaté qu’ils risquaient d’avoir un impact négatif significatif pour les usagers. Il a alors mobilisé les comités de quartier voisins (Laveu, Sclessin, Boutelicou) et, ensemble, ils ont adressé un courrier aux responsables du TEC ainsi qu’aux autorités communales et régionales, afin de signaler les difficultés prévisibles pour les habitants.

Par la suite, plusieurs associations sont venues renforcer la mobilisation, notamment Urbagora, Avello Liège-Ville, Le Gang des Vieux en Colère et PAC Angleur. De plus, des contacts ont également été établis avec Canopéa et des experts en mobilité, ce qui a permis d’enrichir l’analyse et de légitimer la démarche.

En outre, face à l’ampleur croissante de la problématique, Mme Béatrice Masuy, membre du comité de Cointe, a progressivement élargi la mobilisation à l’ensemble des comités de quartier liégeois. Ainsi, la dynamique a fini par rassembler 16 comités de quartier, le comité consultatif des locataires et propriétaires de la Maison liégeoise, le mouvement protestataire citoyen des Trixhes et le comité de quartier de Tilleur-Haut.

C’est de cette mobilisation collective qu’est né le Collectif pour la Mobilité du Bassin Liégeois – CoMBaLi, qui rassemble aujourd’hui des acteurs de terrain engagés en faveur d’une mobilité publique accessible, cohérente et adaptée aux besoins réels des usagers. »

Que revendique le CoMBaLi ?

Le collectif a mis en avant 9 revendications, issues des centaines de réponses de réponses qu’il a reçue lors de sa première enquête :

– Une réelle concertation avec les usagers via des réunions entre le TEC, l’AOT, les comités de quartier et les associations citoyennes.

– Des fréquences renforcées et des amplitudes horaires élargies, en particulier pendant les heures de pointe du matin et du soir.

– La mise en place de bus de nuit et de services minimums nocturnes pour garantir la sécurité des étudiants et travailleurs de nuit.

– Plus de transparence et de fiabilité dans le service : respect des horaires, information proactive en cas de changements d’itinéraire, arrêts déplacés, retards, etc.

– Une meilleure coordination tram-bus : adapter les horaires pour assurer la correspondance avec les plages horaires étendues du tram.

– Une connexion facilitée avec les gares : rapprochement des arrêts de bus et ajustement des horaires pour de meilleures correspondances avec les trains.

– Une optimisation des correspondances bus-bus, avec des engagements clairs pour leur respect.

– Une meilleure lisibilité des horaires, accessibles aussi sur papier, pour lutter contre la fracture numérique.

– L’utilisation des trajets à vide (bus rejoignant ou quittant les dépôts) pour transporter des voyageurs, améliorant ainsi l’offre sans surcoût majeur.

La réponse du TEC sera-t-elle « Cause toujours » ?

En juin dernier, CoMBaLi s’est adressé aux dirigeants du TEC afin de leur communiquer les conséquences importantes sur les habitants qu’avaient engendré les changements d’itinéraires et d’horaires des bus.

Et la TEC a répondu. Il reconnait que son modèle de réseau provoque ou accentue l’isolement de certains quartiers (il aurait dur de dire le contraire devant la somme de faits concrets relevés par les habitants et relayés par CoMBaLi).

Mais l’essentiel de sa réponse est un vrai bijou de technocratie hautaine et néolibérale. Jugez-en :

  • « Nous ferons une évaluation de notre réseau dans 18 mois » (démerdez-vous avec vos problèmes d’ici-là) ;
  • « Nous ferons cette évaluation avec notre Autorité Organisatrice du Transport » (pas un mot à propos d’une concertation avec les représentants des usagers ; le rôle des associations est limité à « demander aux usagers d’écrire individuellement au TEC ») ;
  • « Nous ferons une évaluation de notre nouveau réseau qui n’est pas parfait mais nous ne pourrons pas revenir en arrière » (personne ne demandant un retour intégral à l’ancienne formule – ce que le TEC sait très bien – la porte est donc refermée une première fois sur la possibilité de changements limités mais significatifs) ;
  • « Nous devons travailler à budget constant en tenant compte de l’enveloppe budgétaire qui nous a été accordée par la Région wallonne » (ne comptez pas sur nous pour demander un supplément de budget pour faire face aux conséquences des choix que nous avons faits et notez que nous refermons la porte une deuxième fois) ;
  • « Nous vous signalons que tout kilométrage ajouté sur une ligne devra être compensé ailleurs » (si la mauvaise desserte d’un quartier populaire périphérique dans le nouveau réseau peut être améliorée, ce sera au détriment d’un autre quartier populaire périphérique. Et notez bien que nous vous refermons la porte au nez une troisième fois).

Ne manque donc qu’une formule finale du type « Merci de vous intéresser au nouveau réseau du TEC mais veuillez désormais retourner jouer dans votre bac à sable et arrêter de nous demander de faire des choses que nous ne pouvons et voulons pas faire ».

Soutenez CoMBaLi, signez sa pétition

L’interprétation ci-dessus de la réponse du TEC n’implique évidemment qu’OLT et pas CoMBaLi.

Le collectif a néanmoins rapidement fait savoir qu’il ne pouvait pas s’inscrire dans une logique qui voudrait que « tout kilométrage ajouté sur une ligne devra être compensé ailleurs » et qu’il veut que l’évaluation prévue 18 mois après le redéploiement se fasse avec les usager.ère.s.

C’est pourquoi il a décidé de donner un maximum d’ampleur à sa pétition que vous pouvez signer ici.

Et, comme il le dit très justement : « La mobilité publique dans le Bassin Liégeois doit rester un droit, pas un parcours du combattant. »

Découvrez la page FB de CoMBaLi : https://www.facebook.com/collectifcombali?locale=fr_FR

Et notez aussi, l’excellent article de la rue Alter Echos sur le tram, la mobilité publique et la transformation de la ville que, Liégeois.e.s ou non, nous vous invitons à découvrir ici (et à lire, bien sûr).