La différence entre une politique courageuse et une gestion attentiste se mesure à l’aune des catastrophes. Alors que des inondations ravagent de plus en plus fréquemment nos territoires, deux visions différentes s’affrontent en Europe francophone. D’un côté, en France, dans l’Aude, des élus ont choisi de « rendre l’eau à la terre ». De l’autre, en Wallonie, et singulièrement à Wavre et dans la vallée de la Vesdre, le gouvernement semble avoir choisi de « rendre les dossiers à leurs cartons ».

Le modèle audois: l’audace de la renaturation

L’Aude est un fleuve du Sud de la France qui descend des Pyrénées catalanes, traverse le département à qui elle a donné son nom, arrose Carcassonne et se jette dans la Méditerranée à proximité de Narbonne, après un parcours de près de 225 kilomètres.

L’Aude a connu en 2018 des crues dévastatrices. Suite à celles-ci, les syndicats de rivière et le Syndicat Mixte des Milieux Aquatiques et des Rivières de l’Aude (SMMMAR) de l’Aude ont pris une décision que beaucoup jugeaient encore utopiste il y a peu: désartificialiser les terres, effacer les digues, restaurer les méandres et laisser les zones d’expansion de crue jouer leur rôle naturel. Cette approche vertueuse porte peu à peu ses fruits: l’eau, au lieu d’être canalisée violemment vers l’aval, est absorbée, ralentie, infiltrée, diminuant fortement l’impact des crues, comme ce fut le cas tout récemment en janvier 2026.

La Wallonie: la routine du dossier classé

Traverser la frontière pour observer la situation en Wallonie, c’est changer de monde. Prenons l’exemple de Wavre, ville régulièrement martyrisée par les crues de la Dyle, la rivière de 86 kilomètres qui la traverse. Certes, des projets existent sur le papier. Il est question depuis des années d’une remise à ciel ouvert de la rivière dans le centre-ville. Des zones d’immersion contrôlée sont à l’étude. Mais entre l’annonce et la pelle mécanique, il y a un gouffre: celui de la lenteur politique et administrative wallonne.

À Wavre, comme dans toute la région, la stratégie anti-inondations semble paralysée par une peur panique de la décision. Là où les Français décaissent, les administrations wallonnes constituent des dossiers. Là où les maires de l’Aude arborent des bottes dans la boue des chantiers de renaturation, les administrations locales et wallonnes constituent des dossiers tandis que les échevins wavriens et les ministres régionaux multiplient les réunions de concertation et les études d’incidences.

Le cas de la vallée de la Vesdre est encore plus édifiant. Après les tragédies de 2021, un « Schéma Vesdre » avait été réalisé par des équipes universitaires et plébiscité par les experts comme par les pouvoirs locaux et régionaux comme LA réponse structurelle. Qu’en est-il aujourd’hui ? Les « grandes annonces » se sont succédées, une série de petits chantiers ont été lancés par certaines communes (souvent sans réelle coordination entre elles) mais le rythme reste celui d’un escargot sous Xanax. Le « Schéma Vesdre » est devenu une référence lointaine tandis que les riverains, eux, attendent toujours que la priorité politique annoncée devienne une réalité de terrain.

Des contextes différents, une même urgence

Il est vrai que les situations ne sont pas strictement identiques. L’Aude fait face à des crues soudaines, violentes, de type « orages cévenols« , qui nécessitent des zones d’expansion massives dans un paysage viticole et méditerranéen. La Wallonie gère des crues de plaine, plus lentes et durables, sur des rivières comme la Dyle, ainsi que des crues torrentielles, rapides et violentes, sur des cours d’eau comme la Vesdre, dans un tissu urbain dense et industrialisé.

Mais cette différence justifie-t-elle l’inaction? Absolument pas. Au contraire, la densité urbaine de Wavre ou de la vallée de la Vesdre devrait imposer une réactivité encore plus forte. Chaque mois de retard dans la renaturation des berges ou la création de bassins d’orage expose davantage d’habitants. La complexité technique du contexte wallon ne saurait servir d’alibi éternel à une inertie politique chronique.

Occupons le terrain, pas les salles de réunion

Le contraste est saisissant. Dans la vallée de l’Aude, et dans de nombreux autres bassins de rivière en France qui sont engagés dans la même dynamique, élus et administrations avancent.  En Wallonie, l’écologie reste souvent un chapitre de plan directeur, noyé dans les méandres de la non-décision politique.

Il est temps que le gouvernement wallon comprenne que la prudence excessive est aussi une faute politique. Les citoyens de Wavre, de la vallée de la Vesdre et d’ailleurs n’ont pas besoin de nouvelles études. Ils ont besoin de chantiers d’ampleur, rapides et coordonnés. Ils ont besoin que l’on cesse de traiter les inondations comme un problème administratif pour les affronter comme une urgence vitale.

Il est temps de réellement « occuper le terrain ». Pas pour y construire du béton, mais pour y restaurer le vivant, y freiner l’eau, y protéger nos vies. La vallée de l’Aude  nous montre la voie. La Wallonie continuera-t-elle à regarder ses chaussures?