Braives – Destruction d’une zone naturelle au cœur d’un village
Nous avons reçu cet article du collectif Ville-en-Bottes dans la région de Waremme. Il explique avec beaucoup de clarté l’action que mène ce collectif pour défendre un terrain remarquable. A travers les succès mais aussi les revers difficiles, il témoigne de la ténacité de ce collectif qui nous a annoncé sa volonté de rejoindre le réseau Occupons le Terrain et que nous accueillerons avec plaisir.
Nous vous contactons au nom du collectif Ville-en-Bottes qui réunit plusieurs habitants du village de Ville-en-Hesbaye, commune de Braives, en Hesbaye liégeoise (arrondissement de Huy-Waremme). Ce collectif a été créé pour lutter contre l’urbanisation d’un terrain arboré (anciennes prairies humides avec peupliers, mare, zones arborée et verger d’arbres hautes tiges) au centre du village, à côté de l’église de Ville-en-Hesbaye. Le terrain se compose de 3 parcelles cadastrales et couvre une surface d’un peu plus d’un hectare. Il comprend sur une parcelle une maison à l’abandon (ancien marchand de fruits) dont les bâtiments sont en ruine. Sur une partie du terrain figurent des vestiges archéologiques (motte féodale). Il s’agit d’une zone très humide qui est parcourue par un axe de ruissellement et le bas du terrain, la partie la plus proche de la rue Joseph Wauters, est soumise à un aléa d’inondation mineur.
Carte des lieux avec l’emprise du terrain (en rouge) et la zone couverte par les inondations de 2021 (zone verte)
Nous sommes au bas du village (le point plus le plus bas où se concentrent toutes les eaux de précipitation), à proximité du ruisseau du Bolland, dans un secteur qui a déjà été à plusieurs reprises touché par des épisodes d’inondations sérieux (1996, 2002, 2018 et 2021 notamment).
C’est pour cela que le collectif a pris le nom de Ville-en-Bottes.
Le terrain appartient à un particulier qui réside en Suisse et qui veut vendre. Il s’agit d’une zone d’habitat à caractère rural selon le plan de secteur.
2023: le terrain est sauvé
Notre collectif s’est constitué au printemps 2023 quand un projet d’urbanisation de la société Thomas & Piron projetait de construire 9 maisons et un immeuble de 6 appartements sur l’ensemble de la zone. Grâce aux efforts du collectif Ville-en-Bottes et après confrontation entre les habitants du village et des représentants de Thomas & Piron, la commune a refusé l’octroi du permis d’urbanisme.
La mobilisation citoyenne avait été importante, avec une pétition de 232 signatures et 85 réclamations citoyennes envoyées à la commune. La Commission consultative de l’Aménagement du territoire et de la Mobilité (CCATM) de Braives avait remis un avis négatif à l’unanimité tout comme le Parc naturel Burdinale-Mehaigne dans lequel se trouve Ville-en-Hesbaye. Natagora avait aussi insisté sur la nécessité de préserver cette zone naturelle en raison notamment de la présence de plusieurs espèces de batraciens et d’un couloir de migrations. Des mares existent sur le terrain ainsi qu’une ancienne wateringue. Il s’agit d’une zone très humide qui amortit l’impact des fortes pluies dans ce secteur situé au bas du village et très soumis au risque d’inondations.
Comme le nombre de réclamations citoyennes avait largement dépassé le quota de 25, la commune de Braives a été obligée d’organiser une confrontation entre 5 citoyens de Ville-en-Hesbaye et les représentants de Thomas & Piron, avec l’échevin de l’urbanisme, l’échevin de l’environnement et le bourgmestre en « arbitres ». Cette expérience fut douloureuse pour les citoyens qui ont été raillés par les promoteurs et ne se sont pas sentis soutenus par leurs responsables communaux qui semblaient davantage accorder de crédit aux promoteurs immobiliers qui leur promettaient monts et merveilles.
Néanmoins, devant la mobilisation citoyenne et le poids des arguments avancés (problématique des inondations, caractère très humide du terrain, impacts pour la biodiversité qui est riche sur ce terrain, présence d’un site archéologique, vétusté des infrastructures en matière d’égouttage et d’évacuation des eaux, importante imperméabilisation des sols avec création d’une nouvelle voirie, etc.), la commune a refusé le permis fin 2023.
La zone retrouvait sa quiétude et une faune et une flore typiques des lieux humides avaient repris ses droits. Nous avions l’espoir d’en faire un projet citoyen, en partenariat avec la commune. Mais, c’était reculer pour mieux avancer… et le pire allait survenir en 2024.
2024 : le site est dévasté
En effet, une coupe à blanc demandée par le propriétaire vient de se produire sur le terrain entre le 5 et le 11 septembre de cette année. Il ne reste plus rien de la végétation arborée et arbustive, tout a été coupé et abattu, le sol a été remué par les chenilles de l’engin de chantier, la mare existante a été détruite, le site archéologique est endommagé par les chenilles de la débardeuse. Des dizaines d’arbres ont été abattus, il ne reste plus rien debout. Tout un écosystème a été massacré.


Le parc naturel avait pourtant préconisé de préserver plusieurs arbres sains (un vieux saule têtard, des frênes, saules blanc, saules marsault, érables sycomores, peupliers noirs, arbres fruitiers du verger, etc.). Lors du refus du permis d’urbanisation, le Département de la Nature et Forêts (ARNE, SPW) avait déjà été interrogé et s’était plaint lors d’un avis du 08/06/2023 que le dossier était déjà grevé d’une infraction urbanistique car, déjà en 2022, les propriétaires avait réalisé un déboisement massif et des modifications du relief du sol en place sans le moindre permis d’urbanisme. Même les arbres qui devaient être maintenus dans le projet de lotissement de 2023 ont disparu.
Les habitants du collectif ont été complétement sous le choc car personne n’avait été prévenu de ses travaux. En interrogeant le service de l’urbanisme et celui de l’environnement, nous avons appris que « Les propriétaires ont obtenu l’accord du Collège communal (décision en séance du 12 juin) pour la mise à blanc du terrain, ceci dans le but de remettre l’entièreté du terrain en friche afin de le sécuriser et d’éviter de nombreux entretiens réguliers ». La commune a aussi ajouté que: « aucune nouvelle demande de permis d’urbanisation n’avait été introduite auprès du service d’urbanisme« . Nous précisons que cette décision a été prise lors d’une séance du collège, elle n’a pas fait l’objet d’un débat public lors d’un conseil communal.
2024: le collectif reprend la lutte
Cette coupe a blanc a bien évidemment remis sur pied le collectif « Ville-en-Bottes » qui s’est senti trahi par la commune. En effet, nous ne sommes pas dupes de l’intention de l’actuelle majorité communale. En autorisant l’élimination de toute la végétation, la commune veut couper l’herbe sous le pied à tous les opposants à un nouveau projet de lotissement. L’argument écologique est évacué puisqu’il n’y a plus de nature à protéger. Celui-ci ne va pas tarder à revenir sur le tapis, sans doute après les élections communales.
Le collectif citoyen veut reprendre la lutte et réveiller à nouveau les consciences pour empêcher l’autorisation d’un nouveau permis car cette zone ne devra jamais être lotie. Depuis 700 ans, il n’y a plus d’habitations sur ce terrain car la zone ne s’y prête pas. Pour préparer notre réaction, nous avons réalisé une affiche qui exprime notre incompréhension et notre mécontentement par rapport à cette décision du collège communal de Braives. Elle exprime clairement ce que nous ressentons aujourd’hui et le message que nous adressons aux actuelles autorités communales.


