France et Belgique – Pour que les pesticides prennent Duplomb dans l’aile
Elle n’a pas eu lieu en Belgique, elle est loin d’être complète mais la victoire en demi-teinte sur la loi Duplomb aura un retentissement énorme en France… et, espérons-le, bien au-delà.
Un mois de folie
A l’Assemblée nationale, une majorité parlementaire réunissant les macronistes, la droite conservatrice (LR) et l’extrême-droite (RN) a voté le 8 juillet la loi Duplomb, dévastatrice pour la santé et l’environnement. Même si les opposants ont rapidement annoncé que « On va continuer à se battre », le coup est dur à encaisser.
Pourtant, quelques jours plus tard, le vent commence à tourner. Une étudiante lance une pétition contre cette loi. Eléonore Pattery est une inconnue du grand public, elle n’a aucun relais médiatique, associatif ou politique. Sur le papier, sa pétition exigeant le retrait de la loi Duplomb n’a aucune chance d’aboutir. Le démarrage est d’abord lent puis le nombre de signatures monte en flèche. Très vite, son message fait mouche. Après 15.000 signatures le 16 juillet, 100.000 le lendemain, 500.000 deux jours plus tard , le cap du million est atteint le 20 juillet. Le gouvernement commence à sentir la pression et beaucoup de députés ayant voté la loi se demandent s’ils n’ont pas commis une erreur. De leur côté, tous les opposants s’emparent de ce texte et le font circuler et des milliers de gens non engagés font de même. Et le compteur continue de grimper à un rythme effréné. Le 23 juillet , on est déjà bien au-delà du 1,5 million.
Pour expliquer le succès de la pétition, l’axe pro-Duplomb, des macronistes à l’extrême droite en passant par toutes les nuances intermédiaires de la droite, assure qu’elle a été pilotée par l’extrême gauche (toujours elle!) et que ces Français sont dans l’émotion et non la raison (la raison étant, bien entendu et de toute éternité, la chasse gardée de la droite traditionnelle). En face, des médecins aux chefs cuisiniers, des agriculteurs bio aux malades du cancer, une gamme de plus en plus large de milieux font connaître leur opposition à la loi, et tout particulièrement à son volet rétablissant l’utilisation de dangereux pesticides.
Pendant ce temps, les députés sont en vacances mais la Cour constitutionnelle travaille. Ses juges doivent rendre leur décision quant à la légalité de la loi. Celle-ci est rendue publique le 7 août. Si le Conseil valide le contenu d’une grande partie de la loi, elle censure la partie réautorisant trois néonicotinoïdes et il maintient la possibilité de contester en justice la création de méga-bassines, autre point important de contestation. Deux camouflets pour le gouvernement et ses alliés et une « victoire en demi-teinte » pour tous les opposant·e·s.

Cocktail efficace
Il est évident que la mobilisation autour de la pétition a pesé d’un poids énorme sur la décision des juges, même si ceux-ci ne le reconnaîtront jamais de cette manière (indépendance de la justice oblige!).
C’est la réunion de deux éléments qui a donné toute son efficacité au processus. Un texte concis et incisif, d’abord, qui rappelle les principales raisons environnementales, médicales et juridiques de s’opposer à cette loi. Et ensuite une mobilisation absolument massive. Le cocktail parfait… qui est celui qu’ont expérimenté tous les collectifs membres d’Occupons le Terrain (ou pas) dans leurs luttes locales. Avec cette évidence aussi : une pétition avec le même texte mais sans mobilisation ou une grosse mobilisation sans base argumentée solide auraient toutes deux raté leur cible et n’auraient certainement fait bouger le Conseil constitutionnel.
Quant à ce qui explique la vigueur de cette mobilisation en quelques jours, c’est à la fois la sensibilité de la population aux enjeux environnementaux et de santé (que le virage à droite du monde politique et des résultats électoraux n’a pas fait disparaître, loin de là), le caractère non partisan et largement décentralisé de l’initiative (tout le monde pouvait y prendre sa part à sa manière) … et une détestation profonde et incontestable du président Macron et de son gouvernement.

Le mix de tout cela a donné naissance à une arme fatale…
En Belgique, deux pour le prix d’une
L’argument principal des supporters de la ré-autorisation des néonicotinoïdes était « Si on les interdit en France alors qu’ils sont autorisés partout ailleurs en Europe, ce sera la fin pour de nombreux secteurs de l’agriculture française ». Cet argument – le pire qui soit puisqu’il conduit toujours à s’aligner sur les plus mauvaises conditions de travail, de salaires ou de santé existant à l’étranger – n’’a heureusement pas été suivi. Par contre, il est aujourd’hui tout à fait possible de le retourner complètement: « Puisqu’ils sont heureusement interdits en France, interdisons-les partout ailleurs en Europe! ».
C’est avec cette perspective en tête que… deux pétitions ont été lancées chez nous. Le parti Ecolo a publié sa propre pétition, intitulée « Interdisons les pesticides nuisibles pour notre santé » et un groupe de quatre citoyens nommé « Blanche-Neige » en a lancé une autre intitulée « Belgium poison-free / sans poison / zondergif ».
On ne peut évidemment que regretter cette dispersion mais les deux initiatives ont tenu une conférence de presse commune pour célébrer les 25.000 premières signatures et appeler à donner plus d’ampleur au mouvement. Ce qui ne serait pas un luxe, vu que la Belgique est dans le top 5 des pays qui utilisent le plus de pesticides en Europe.
Dès lors, n’hésitez pas à signer les deux pétitions… et à développer des initiatives de soutien autour de celles-ci.
https://ecolo.be/petition/interdisons-les-pesticides-dangereux-pour-la-sante/

