Les zonings namurois manquent d’électricité… mais veulent s’étendre!

Les zonings namurois manquent d’électricité… mais veulent s’étendre!

Depuis le début du mois de mars, le Bureau Economique de la Province de Namur (BEP) mène une intense campagne médiatique pour dénoncer le manque d’électricité dans ses zonings.

En Wallonie, les zonings accueillent souvent les entreprises qui ont besoin de grands espaces pour se développer. La gestion et l’expansion de ces parcs d’activités sont assurées dans la province de Namur par le BEP. Les zonings industriels de cette région connaissent un certain dynamisme économique. Toutefois, un obstacle de taille freine désormais leur expansion : la pénurie d’électricité. Cette problématique devient un véritable frein, car certaines entreprises déjà installées peinent à couvrir leurs besoins énergétiques tandis que d’autres voient purement et simplement leurs demandes d’implantation rejetées. En effet, une quinzaine de projets ont été refusés faute de capacité électrique suffisante.

Les causes structurelles

Le BEP dénonce en premier lieu un manque d’anticipation de la demande en électricité de la part des gestionnaires de réseau Ores et Elia. L’offre énergétique ne suit maintenant plus la demande des entreprises. Selon Gaëtan de Bilderling (UD), président du BEP – Expansion économique, « Ce qui s’est passé, c’est qu’il y avait le fameux décret de premier arrivé, premier servi. Vous avez une entreprise qui se dit, je vais peut-être m’étendre dans cinq ans, dans dix ans, donc je vais vous réserver de l’électricité. Cette réserve était gardée. Maintenant, on se rend compte qu’avec tous ceux qui ont réservé et tous ceux qui prennent de l’électricité, nous n’arrivons pas à assumer et à continuer à pouvoir proposer des terrains parce qu’il n’y a pas assez d’électricité correcte pour les fournir. »

A cela s’ajoute une électrification croissante de la société, tant au niveau particulier (voitures électriques, pompes à chaleur, …) qu’industriel (explosion de l’IA, datacenters, …) et un réseau de distribution vieillissant, souffrant depuis de trop nombreuses années d’un cruel manque d’investissements.

Un cocktail explosif qui mène à cette situation ubuesque où il est impossible de répondre à la demande et où on refuse l’installation de nouvelles entreprises.

Une Task Force et des effets… en 2030

Les gestionnaires de réseau Ores et Elia prévoient bien des investissements pour les prochaines années à hauteur de plusieurs milliards d’euros afin de développer et de renforcer le réseau. Mais les premiers effets structurels de ces investissements ne sont pas attendus avant au moins 2030.

Or selon Bruno Degueldre – directeur général du BEP – les entreprises ont besoin d’électricité dès aujourd’hui. Il ajoute « Nous avons mis sur pied en discussion avec le ministère en charge une Task force. Une de ses premières mesures a été de prendre un décret sur la flexibilité. Autrement dit, de pouvoir autoriser des entreprises à consommer de l’électricité, mais à des moments importants de la journée, en fonction de leur activité. A l’heure d’aujourd’hui, une entreprise se réserve de l’électricité 24 h sur 24 et on sait bien qu’on n’en a pas besoin 24 h sur 24. »

La menace sur les terres agricoles

Mais quel rapport entre le manque d’électricité dans les zonings et Occupons le Terrain nous direz-vous ? C’est en poursuivant l’analyse du travail de la Task Force et en enquêtant sur le sujet que l’on trouve le lien : l’expansion des zonings. Un sujet sur lequel le BEP se veut en général beaucoup discret, les projets d’expansion se faisant dans la plus grande majorité des cas au détriment des terres agricoles.

En effet, une directive européenne impose de limiter l’artificialisation des sols en privilégiant la réhabilitation d’anciens sites industriels. Le décret wallon s’inscrit dans cette logique avec pour (faible) objectif la réhabilitation de 100 hectares de friches industrielles par an durant la législature.

Si on se base sur le dernier rapport de l’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) sur le sujet datant de janvier 2024, la Wallonie compte 3.224 hectares de Sites à Réaménager (SAR) et la province de Namur en compte 333 (répartis sur 317 sites).

Un autre motif de préoccupation pour le BEP est la réforme en préparation du décret Expansion. Dans le cadre de l’étude PEPS 2050, le gouvernement wallon envisage de limiter fortement les extensions de parcs en pleine terre afin de privilégier la réhabilitation de sites à réaménager. Le principe de sobriété foncière n’est pas contesté par le BEP mais l’intercommunale estime que Namur ne part pas avec les mêmes atouts que d’autres bassins plus industrialisés. « Avec environ 40 hectares de microsites difficilement réhabilitables, Namur est mécaniquement désavantagée par rapport aux régions disposant de vastes friches industrielles », estime Gaëtan de Bilderling, qui préside l’intercommunale. Même si on décompte ces 40 hectares « difficilement réhabilitables », OLT fait remarquer au BEP qu’il n’en reste pas moins de 293 hectares à réhabiliter à travers la province…

Malgré cela, le BEP pose ses pions via sa Task Force : « On a fait une analyse au niveau du BEP et très clairement, c’est des micro sites souvent situés à des endroits qui ne sont plus stratégiques pour les entreprises de maintenant. Et donc si cette logique-là perdure, le Namurois sera perdant. L’idée est de se dire dit justement que tout cela doit s’envisager à l’échelle wallonne, mais qu’il faut permettre à des territoires comme le Namurois, le Luxembourg de pouvoir étendre des zonings sur des terres qui sont non-urbanisables. »

« Etendre des zonings sur des terres qui sont non-urbanisables » doit bien évidemment se traduire par « sur des zones agricoles ou forestières » !

Le cas « Mariembourg » et les autres projets

En 2024 et 2025, nous avons souvent évoqué le dossier porté par le BEP d’extension du zoning de Mariembourg portant sur 38 hectares de terres agricoles et menaçant clairement l’exploitation de la famille Buyck en s’accaparant un quart de ses terres. A l’heure d’écrire ces lignes, aucune décision officielle n’a encore été communiquée par le Gouvernement wallon dans ce dossier.

Mais prévenus par certains de nos collectifs et en recoupant la presse nationale et régionale, Occupons le Terrain a découvert que le BEP reproduisait le même schéma en plusieurs endroits de la province :

  • Chastrès (Walcourt) : enquête publique en février 2026 visant notamment à obtenir la reconnaissance de l’utilité publique en vue d’éventuelles expropriations. L’extension porterait sur un total de 13,5 hectares.
  • Assesse (La Fagne) : projet d’extension visant à accueillir environ 40 nouvelles entreprises. Une réunion d’information préalable à l’étude d’incidence environnementale a pris place dans le dernier trimestre de 2025. L’extension porterait sur un total de 27 hectares d’ici 15 à 20 ans.
  • Gembloux : une enquête publique est en cours (jusqu’au 31 mars) pour une extension du zoning Crealys portant sur 52 hectares.

En comptant ces 4 dossiers, cela représente un peu plus de 130 hectares de terres qui vont être artificialisées !

Dans le cas de Mariembourg où notre réseau était fortement impliqué, nous avions démontré que pour une extension de 38 hectares sur des terres agricoles, plus de 40 hectares déjà artificialisés – soit immédiatement prêts, soit à réhabiliter –  étaient disponibles dans un rayon de 13 kilomètres. D’autres solutions sont également certainement possibles à Walcourt, Assesse ou Gembloux (surtout avec le développement d’autres parcs à quelques kilomètres comme Ottignies-Louvain-la-Neuve).

Dès lors, pourquoi une fois encore accaparer des terres agricoles et forestières uniquement dans l’intérêt financier (de quelques-uns) ? Il faut en effet savoir qu’une grosse partie du financement des intercommunales telle que le BEP, INBW, IDEA et bien d’autres provient du bénéfice engendré par l’achat de terrains non-artificialisés (souvent des terres agricoles), de leur équipement (égouttage, électricité, voiries, …) et de leur revente à des entreprises en vue de leur établissement.

Le BEP n’agit pas innocemment non plus, gardant bien en tête les objectifs du « Zéro artificialisation nette » à l’horizon 2050. En agissant dès maintenant, il s’assure une réserve foncière pour les 20 prochaines années, au détriment des territoires vivants !

Un peu de bon sens pour conclure ?

Nous reprenons ici la dernière phrase du Président du BEP, Monsieur De Bilderling « Maintenant, on se rend compte qu’avec tous ceux qui ont réservé et tous ceux qui prennent de l’électricité, nous n’arrivons pas à assumer et à continuer à pouvoir proposer des terrains parce qu’il n’y a pas assez d’électricité correcte pour les fournir. ».

Dès lors, OLT lui pose la question suivante « Pourquoi vouloir étendre les zonings maintenant alors que, vu le manque d’électricité, vous ne pouvez pas proposer vos terrains disponibles ? ». N’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ? Profitez plutôt du temps nécessaire à l’adaptation du réseau électrique pour définir une stratégie d’occupation de vos terrains encore disponibles et de réhabilitation des 333 hectares de friches disponibles en province de Namur. L’agriculture, notre souveraineté alimentaire, notre biodiversité n’ont pas à souffrir de votre appât du gain.