Namur – Une rénovation urbaine pas si exemplaire que cela…

Namur – Une rénovation urbaine pas si exemplaire que cela…

Dans l’article intitulé « Comment je suis devenu Yimby« : derrière le jeu de mots, le souffle des promoteurs ! paru le 28 mars sur notre site, un petit tableau en fin d’article évoque des pistes pour lutter à la fois contre une densification sauvage des villes et contre un étalement urbain reposant sur le béton à tout prix.

A la ligne évoquant le problème de la pénurie de logements abordables, il est préconisé que « la rénovation de l’existant avant de construire du neuf », et sont cités en exemple des « projets de rénovation urbaine à Namur et Liège ».

Une fidèle lectrice de notre newsletter et de nos articles a tiqué sur cette mise en exemple de la rénovation urbaine à Namur. Son argumentation nous paraît très intéressante et nous avons trouvé important de la faire connaître.

Il y a effectivement de nombreux projets de rénovation urbaine à Namur, mais ils consistent principalement en de la démolition de quartiers de logements vétustes mais financièrement abordables pour y construire des appartements de standing, plus grands et confortables mais hors de prix. Par exemple, entre le quartier de Bomel (dans lequel il y a encore pas mal de mixité, le vieux côtoyant l’ancien et les immeubles à appartements côtoyant les maisons bourgeoises) et la cité sociale Germinal, on vient de construire tout un nouveau quartier en démolissant des immeubles anciens.

Résultat: des immeubles à appartements « de standing », moches mais confortables, entourés de petites cours soigneusement grillagées pour éviter tout contact avec les enfants de la cité. Et la majorité de ces nouveaux logements ont été achetés par des sociétés d’investissement (fonds de pension & Cie) dans l’espoir d’en tirer un bon revenu locatif…

Ce n’est pas un cas isolé, les exemples sont nombreux. Sur un autre projet, dans le quartier des Casernes (considéré comme une rénovation mais en fait l’entrepreneur n’a gardé qu’une façade du bâtiment existant, ce qui donne une architecture assez bizarre), il y a des appartements à vendre à 750.000€! Qui a les moyens d’acheter ça?

En plus, par ricochet, comme la proportion de logements modestes diminue, le déséquilibre entre l’offre et la demande fait aussi grimper le prix des logements existants. Si je n’avais pas acheté mon appart en 2018, je serais incapable d’en acheter un maintenant car les prix se sont envolés depuis. L’immeuble voisin du mien a été racheté par un promoteur et des appartements comme le mien (55 m² sans terrasse ni jardin) sont loués à 900 €/mois ! J’ai des amis qui sont obligés de vivre en coloc car ça devient quasi impossible de trouver un logement accessible proche du centre-ville quand on est seul…

Donc oui, d’un point de vue environnemental, Namur limite la casse puisqu’elle privilégie la démolition-reconstruction plutôt que la construction sur des terrains vierges (même s’il n’est pas complètement stoppé, l’étalement urbain ralentit car ce sont des projets plus denses en périphérie et plus des 4 façades). Mais d’un point de vue social, les nouveaux projets ne règlent pas du tout la crise du logement, bien au contraire…