Liège – Basilique de Cointe : Permis d’urbanisme accordé sous condition, la colère des riverains persiste

Liège – Basilique de Cointe : Permis d’urbanisme accordé sous condition, la colère des riverains persiste

Transformer une basilique sur les hauteurs de Liège – désacralisée, peu entretenue et qui risque de devenir à terme une ruine urbaine – en une grande salle d’escalade ouverte à toutes et tous, du débutant à l’athlète confirmé, voilà qui ressemble à un beau projet.

Mais si cela implique aussi la construction d’une tour de 18m de haut, accolée à la basilique, qui abriterait un restaurant gastronomique et des salles d’évènements, la privatisation d’une voirie communale, la construction d’un parking de 98 places en lieu et place des espaces verts actuels, une ouverture de la salle d’escalade 7 jours sur 7, de 8h à minuit et la perspective d’une circulation intense dans un quartier calme aux voies assez étroites, le beau projet devient beaucoup moins attrayant aux yeux des habitants du quartier. Et cela explique pourquoi une mobilisation s’est développée depuis deux ans autour du collectif « Sauvons la basilique de Cointe ».

Après une première enquête publique en mars 2023, la Ville de Liège avait suivi la plupart des demandes des riverains et elle avait notamment exigé du promoteur une nouvelle étude de mobilité et un rapport détaillé sur les perspectives de fréquentation du site. Le promoteur a donc introduit une nouvelle demande de permis qui a donné lieu à une deuxième enquête publique qui a lieu en mai 2024.

Nous avons reçu du collectif « Sauvons la basilique de Liège » l’analyse suivante des dernières péripéties du dossier que nous reprenons ci-dessous.

Après deux ans de débats et de mobilisation citoyenne, le projet controversé « Basilique Experience » vient de franchir une nouvelle étape décisive. Le fonctionnaire délégué de la Région wallonne a décidé d’octroyer le permis d’urbanisme, mais sous conditions. Ce projet, qui ambitionne de transformer la Basilique de Cointe en un centre d’escalade et un restaurant gastronomique avec des salles de fêtes, continue d’alimenter les tensions entre ses porteurs et les riverains.

Une décision conditionnelle mais déterminante

L’accord délivré par le fonctionnaire délégué repose sur une condition clé : le demandeur devra obtenir un droit d’usage sur le parking de la Régie des Bâtiments de l’État pour garantir la mutualisation des emplacements de stationnement. Si cette condition n’est pas remplie, le permis deviendra automatiquement caduc. Ce point est crucial, car l’absence de stationnements suffisants pourrait gravement perturber le quartier déjà confronté à des problèmes de mobilité.

Des enquêtes publiques massivement suivies

Le projet a fait l’objet de deux enquêtes publiques, en 2023 et 2024, qui ont suscité une mobilisation massive. Lors de la première enquête, 544 réclamations avaient été enregistrées. Une seconde enquête a suivi générant 386 réclamations supplémentaires. Ces chiffres témoignent de l’inquiétude et de la détermination des habitants à préserver leur qualité de vie.

Les principales préoccupations exprimées par les riverains portaient sur :

  • Le stationnement et la mobilité : des problèmes déjà récurrents dans le quartier, qui risquent d’être exacerbés par l’afflux de visiteurs.
  • L’accessibilité du site : les routes locales étant peu adaptées à un trafic intensifié.
  • La stabilité du sol, dans une zone historiquement marquée par la présence de puits de mines et du tunnel de Cointe.
  • La protection d’une zone verte protégée et de son corridor écologique
  • La préservation du patrimoine car le projet prévoit la destruction de la façade Nord Est.
  • Le respect du devoir de mémoire, la Basilique étant un symbole fort.

Malgré ces revendications, la décision du fonctionnaire délégué n’en a tenu compte que de manière limitée.

Une étude de mobilité controversée

L’étude de mobilité, réalisée par un bureau agréé par le Service public de Wallonie (SPW), a servi de base pour valider la faisabilité du projet. Cependant, les riverains dénoncent de nombreuses incohérences dans les conclusions de cette étude. Le fonctionnaire délégué, s’appuyant sur l’accréditation du bureau, a néanmoins écarté les contestations des habitants.

Des zones d’ombre sur l’exploitation future

Autre source de frustration : les conditions d’exploitation du site ne sont pas abordées dans le permis. Les riverains ignorent encore la fréquence des événements ou des tournois, ainsi que l’impact d’une ouverture prévue 7 jours sur 7, de 8h à minuit. Cette incertitude alimente la crainte de nuisances sonores et lumineuses, de pollution et de saturation du quartier.

Un sentiment d’incompréhension et d’abandon

Pour les riverains, le sentiment d’avoir été ignorés est palpable. Les multiples lettres, réunions et réclamations n’ont pas permis d’influencer une décision perçue comme déconnectée de leurs réalités.
« On a l’impression que nos arguments n’ont jamais été pris au sérieux, que ce soit pour le stationnement, la stabilité du sol ou même la préservation de notre patrimoine », déplore un membre du Comité des riverains de la Basilique.

Un recours encore possible

Face à cette décision, les habitants disposent de 60 jours pour introduire un recours au Conseil d’État.

Une mobilisation qui ne faiblit pas

Malgré les obstacles, les habitants du quartier continuent de s’organiser pour défendre leur cadre de vie. Leur combat est emblématique des enjeux auxquels de nombreuses communautés font face à des projets d’urbanisme souvent déconnectés des préoccupations locales.
Le dossier de la Basilique de Cointe reste un exemple frappant des tensions entre modernisation et respect des besoins des citoyens. Reste à voir si un compromis respectueux pourra émerger dans ce bras de fer.

Contact: sauvonslabasilique@gmail.com
Page Facebook: https://www.facebook.com/groups/956369728742598/
Fiche du collectif: https://occuponsleterrain.be/2024/05/28/sauvons-la-basilique-de-cointe-liege/