Gouvernement wallon : les engagements environnementaux sacrifiés sur l’autel de l’austérité
Face à des aléas climatiques croissants et à des inégalités sociales persistantes, les choix budgétaires du gouvernement wallon pour 2025 ont de quoi inquiéter. Réformes fiscales au profit des plus gros revenus et patrimoines (et absence de toute mesure de taxation sur ces couches les plus aisées) d’une part, coupes dans les budgets sociaux et environnementaux et abandon de projets stratégiques, d’autre part : ces décisions hypothèquent l’avenir de la région et de la population, quoi qu’en dise la majorité gouvernementale.
Réforme fiscale : un « Robin des Bois à l’envers »
Le gouvernement wallon clame sur tous les tons que la situation des finances publiques est dramatique et qu’il va devoir mener une politique de réduction drastique des dépenses dans tous les secteurs. Mais la mesure la plus forte de son budget est une réforme fiscale qui va réduire les rentrées de 400 millions d’euros !. Au cœur de celle-ci, une baisse significative des droits d’enregistrement immobiliers (de 12,5 % à 3 %), et des ajustements des droits de succession. Le gouvernement Dolimont affirme que ces mesures bénéficieront à tous. Dans les faits, elles ne concernent pas les locataires (30% de la population, souvent ceux ayant les plus bas revenus) et favoriseront les propriétaires les plus aisés – et surtout les multipropriétaires (que ce soient des privés ou des sociétés). Et tout cela en réduisant les ressources disponibles pour les secteurs publics.
Un choix clair : doper les aéroports et ignorer les inondations
Le budget 2025 souligne la priorité donnée aux solutions économiques les plus « classiques » et les plus court-termistes en augmentant de 7% les investissements massifs dans des secteurs comme les infrastructures aéroportuaires tout en réduisant de 10 % les budgets pour l’agriculture et les ressources naturelles. Ce choix ne peut que compromettre la capacité de la Wallonie à anticiper et gérer les crises environnementales et sociales futures. Parallèlement, des réductions drastiques dans des programmes essentiels, comme le « Développement durable » (−45 %), démontrent une approche qui méprise totalement l’importance de la transition écologique et sociale et ignore superbement les populations qui en souffriront inévitablement.
L’abandon du plan Vesdre : un symbole d’inaction face aux risques climatiques
Le plan Vesdre, conçu pour protéger les zones vulnérables aux inondations, a été mis en veilleuse dans un budget qui ne prévoit plus aucune action pour adapter le territoire suite aux inondations.. Pourtant, la vallée de la Vesdre reste profondément marquée par les inondations dévastatrices de 2021 qui ont fait 39 morts et des centaines de déplacés et qui ont ravagé des quartiers entiers sur plusieurs dizaines de kilomètres. Cette décision est symptomatique d’une politique qui néglige la prévention en faveur de décisions budgétaires à effet immédiat. Sans mesures adaptées, les catastrophes naturelles, qui se reproduiront à n’en pas douter, vont s’intensifier, mettant en péril la sécurité des habitants.
Réduction des budgets sociaux : un impact sur les populations les plus vulnérables
Les coupes dans les budgets sociaux sont particulièrement inquiétantes dans un contexte de précarité croissante. Avec la réduction des financements destinés aux services sociaux, les populations les plus fragiles voient leur accès à des aides essentielles se restreindre. Cela alimente une spirale négative où les inégalités sociales s’aggravent et où les familles précaires subissent une fragilisation accrue.
Objectifs de développement durable : direction poubelle !
La Wallonie, comme le reste de la Belgique, s’est engagée à respecter les « objectifs de développement durable » définis par l’ONU. Cependant, le désengagement budgétaire décidé par les vainqueurs des récentes élections dans des domaines cruciaux est un message très clair indiquant le non-respect de cet engagement.
Les réductions affectent des secteurs vitaux pour la transition écologique : rénovation énergétique des bâtiments, électrification des procédés industriels et développement des énergies renouvelables. Ces actions, pourtant indispensables pour une « Wallonie durable », resteront sous-financées.
Le tableau ci-dessous, tiré de l’article de Canopea du 10 décembre, donne quelques précisions sur les programmes qui seront les plus affectés (massacrés ?). Il est présenté par pourcentage dégressif, mettant en début de liste les secteurs les plus rabotés :
| Secteur | en € | en % |
| Nature, forêt chasse et pêche | – 15 583 000 € | -41% |
| Espace rural et naturel | – 20 058 000 € | -40% |
| Transversal et coordination des politiques agricole et environnementale | – 9 215 000 € | -36% |
| Logement : secteur privé | – 89 666 000 € | -30% |
| Aménagement du territoire et urbanisme | – 5 201 000 € | -21% |
| Aménagement du territoire, logement, patrimoine et énergie | – 93 615 000 € | -11% |
| Logement : secteur public | – 18 027 000 € | -11% |
| Energie | – 15 050 000 € | -15% |
| Agriculture, ressources naturelles et environnement | – 67 789 000 € | -10% |
Une orientation claire : nos profits avant vos vies !
Les investissements dans des infrastructures comme les aéroports, en dépit des alertes sur l’urgence climatique, ainsi que la baisse des droits d’enregistrement immobiliers, contredisent singulièrement la nécessité de réaliser des économies drastiques. Si, en plus, ce qui est économisé d’une main passe dans l’autre main pour abreuver les propriétaires et les hauts revenus et renforcer une économie climaticide, alors cela s’appelle de la manipulation, car la population est priée d’avaler les couleuvres d’un discours fallacieux qui dissimule les véritables intentions et les conséquences de ces choix politiques.
Ces choix budgétaires témoignent d’un favoritisme économique orienté vers des secteurs peu durables, au détriment de priorités stratégiques comme le logement social, la transition énergétique, ou encore la protection des écosystèmes. Des choix tels que la réduction des droits d’enregistrement immobiliers pourraient certes stimuler le marché immobilier à court terme, mais ils contribuent également à creuser les inégalités territoriales et sociales.
Les choix budgétaires du gouvernement wallon révèlent une absence de vision à long terme, avec des priorités orientées vers une croissance économique immédiate (que rien ne garantit d’ailleurs) au détriment de la durabilité. Pour le dire autrement, tout le discours emballant la politique d’austérité, présentée comme inévitable et courageuse (sic) a pour seul but d’enfumer celles et ceux qui la subiront, et parfois brutalement, afin de financer, au mieux, celles et ceux qui n’en ont pas vraiment besoin, et au pire, celles et ceux qui continueront à détruire la nature et à perturber le climat.

