Alibaba abandonne son extension à Bierset : un bref répit ?
La société multinationale chinoise Cainiao, surtout connue chez nous à travers sa filiale Alibaba, renonce aux phases 2 et 3 de son projet d’extension à Liège Airport, se limitant à l’exploitation des infrastructures existantes (30 000 m² inaugurés fin 2021).
Une bonne nouvelle ? Assurément. Mais ne chantons pas victoire trop rapidement. D’une part, les premiers hangars de la phase 1 sont bien là, construits et en activité ! D’autre part, le ministre wallon Pierre-Yves Jeholet (MR) minimise l’impact, soulignant que Cainiao reste un « partenaire stratégique ». L’abandon partiel du projet est présenté comme un contretemps mineur, la croissance du fret et la demande logistique restant fortes. Ce n’est donc que partie remise, d’après lui… Et, on pourrait ajouter que, même si Cainaio marque le pas, bien d’autres géants de l’e-commerce sont aux agutets pour les terrains et les parts de marché…
Comme le dit très bien le collectif Stop Alibaba & C°, « Depuis le début, notre combat dépasse largement Alibaba. Nous disons non à toute extension de Liège Airport, et non au modèle destructeur des géants de l’e-commerce : Amazon, Aliexpress, Temu, Shein… et tous ceux qui suivront. C’est tout le sens du “&Co” dans notre nom ».
Le projet pour Liège Airport, vendu comme un levier économique majeur, n’a pas tenu ses promesses en termes d’emplois (276 créés au lieu des 900 annoncés d’ici 2025) et a généré des externalités négatives (trafic routier, pollution, pression sur les riverains). Et surtout, dans quelles conditions travaillent aujourd’hui celles et ceux qui gèrent les flux de colis Shein, Temu & Co ? Entre intérim, contrats ultra-courts et pressions croissantes, la précarité reste la norme.
Du point de vue environnemental, l’extension de Liège Airport, même partielle, aggrave la congestion routière et les émissions de CO₂. Le maintien des vols de nuit et l’absence de restrictions environnementales sont pointés du doigt, alors que l’UE vise la neutralité carbone d’ici 2030.
Le retrait d’Alibaba ne signe pas la victoire d’un modèle plus juste: il montre une guerre économique encore plus féroce, menée par des plateformes comme Shein et Temu, qui poussent toujours plus loin le nivellement par le bas.
Stop Alibaba & C° et le Groupe de Recherche pour une Stratégie économique alternative (GRESEA) continuent à alerter sur le coût environnemental et social de ces projets et appellent à un moratoire pour évaluer les alternatives (circuits courts, relocalisation, transports moins polluants).
La revente des terrains et l’arrivée de nouveaux acteurs logistiques (comme Skechers) soulèvent en effet des questions sur la durabilité et l’équité de ces projets. La mobilisation citoyenne (Stop Alibaba, agriculteurs, riverains) continue de porter une vision alternative, centrée sur l’écologie et le local.
Dans un contexte de crise climatique et de saturation des infrastructures, ne serait-il pas temps de conditionner les projets logistiques à des critères stricts de durabilité et de justice sociale, plutôt que de miser sur une croissance à tout prix et au « tout à l’économie » ?

