Anhée – Un Plan de Secteur malmené par la Région
Comme nous vous l’avons déjà indiqué à de nombreuses reprises, le Plan de Secteur est un outil fondamental dans la gestion et l’aménagement du territoire. Conçu il y a plus de 40 ans, il détermine l’affectation de chaque parcelle existante par types d’activités qui pourront s’y tenir : agricole, forestière, résidentielle, commerciale, industrielle,…
Quarante ans après sa conception, on peut contester la légitimité de certaines affectations, parfois déterminées à la « grosse louche » et ne tenant pas compte des réalités de terrain. On peut – et on doit – expliquer que la dégradation de l’environnement et le dérèglement climatique impliqueraient de ne plus construire sur des zones considérées comme « constructibles » mais actuellement à usage agricole ou d’espace vert. Et on doit aussi dénoncer le fait qu’il est quasiment impossible de faire passer une parcelle « constructible » en « non constructible » pour la protéger mais que l’inverse se pratique très régulièrement via les procédures de révision du Plan de Secteur. Et s’insurger encore plus quand cette transformation se prépare avec la bénédiction et les subsides de la Région !
C’est ainsi qu’en 2022, la Commune d’Anhée (située au cœur de la province de Namur) avait introduit une demande de révision du Plan de Secteur de Warnant, charmant village rural aux portes de la Vallée de la Molignée. Le but annoncé était de « réorganiser le potentiel foncier du village ». Mais que se cache-t-il derrière cette expression-bateau, laissant libre cours à toutes les interprétations ?
En clair, il s’agit de modifier l’affectation d’un terrain d’une superficie de près de 8 hectares, actuellement en zone agricole, pour le faire passer en zone d’habitat ! Pour respecter la loi (et « faire passer la pilule »), la Commune propose de « compenser » ce changement en réaffectant trois zones d’habitat), dispersées dans le village de Warnant, en zones agricoles et forestières. Cela pourrait laisser à penser qu’il s’agit là d’une « proposition équilibrée ». La réalité est malheureusement tout autre.
En effet, nous vous avons déjà relaté dans d’autres projets les échanges pour le moins « bizarres » qui étaient parfois proposés dans ces révisions de Plan de Secteur. Un des plus étonnants était notamment (à Soumagne, en région liégeoise) de « compenser » le passage de 22 hectares de zone agricole en zone d’activité industrielle (donc constructible) par le passage d’un même nombre d’hectares de zones constructibles en zones non constructibles… alors que les terrains concernés étaient pour l’essentiel situés sur des terrils et donc déjà, en pratique, totalement inconstructibles !
On peut donc avoir quelques doutes sur la « qualité » de l’échange qui sera proposé à Anhée quand on voit qu’une partie des zones échangées seront réaffectées en zones forestières, ce qui diminuera la surface d’exploitation agricole, et que les trois zones à réaffecter sont dispersées dans le village, ce qui compliquera le travail des agriculteurs par rapport à une parcelle d’un seul tenant.
La procédure de révision du Plan de Secteur nécessite bien entendu la réalisation d’une Etude d’Incidence Environnementale (EIE) réalisée par un bureau spécialisé. Et c’est à ce niveau qu’intervient tout le « piquant » du dossier : la Région, par le biais du Ministre Desquesnes en charge de l’Aménagement du Territoire, vient d’octroyer un subside de plus de 21.000 euros afin de financer l’élaboration de ce rapport !
Si le montant n’est pas exorbitant (encore heureux !), est-ce bien là le rôle du Ministre et de la Région ? En regard de la crise financière et des restrictions budgétaires, est-il crédible de financer via nos impôts un projet destructeur de notre patrimoine naturel commun ? A l’heure où le dérèglement climatique est de plus en plus sensible et la souveraineté alimentaire du pays clairement menacée, est-il du devoir du ministre de l’Aménagement du Territoire de subsidier un projet visant l’artificialisation de 8 hectares de terres agricoles ?
Cette Etude d’Incidence Environnementale n’est bien sûr qu’une première étape dans cette procédure. Plusieurs instances devront encore être consultées et bien entendu, une enquête publique devra être réalisée. C’est à ce moment que les citoyens pourront officiellement se faire entendre. Ce qui ne doit pas les empêcher de faire savoir publiquement dès maintenant ce qu’ils pensent de l’incohérence de ce projet !
Bien que les premières habitations soient évidemment bien loin d’être construites, Occupons Le Terrain suivra d’un œil attentif l’évolution du dossier et vous tiendra informés.

